404 ÉCLAIRCrSSEMENS HISTORIQUES
» A peine M. tle Bon illé avait-il prononcé ces dernières paroles, quedeux officiers sontvenus lui annoncer que pendant qu’onl’amusait,on insultait la tête de son armée. Alors M. de Bouille a piqué soncheval pour suivre les officiers qui lui étaient venus apporter cettenouvelle ; et presque dans le même moment on a entendu uncoup de canon qui a été le signal de la guerre , a mis toute l’arméede M. de Bouillé en mouvement, et n’a laissé aux officiers munici-paux députés et aux gardes qui les escortaient d’autre parti àprendre qu’à chercher un asile dans les villages voisins , et cen’est qu’à neuf heures du soir qu’ils ont appris qu’ils étaient réunisdans le lieu de Maxeville , au nombre de six officiers municipaux ,un notable et six gardes citoyens.
» Pendant le cours de cette négociation, et au moment ou lesrebelles se disposaient à empêcher l’entrée de la ville aux troupesdeM. de Bouillé,contrairement aux ordres que la municipalité avaitdonnés , la députation est rentrée par la porte Saint-Louis , ohelle a trouvé des canons braqués. Ces marques d’hostilités, aux-quelles ils ne s’attendaient plus, d’après les promesses réitéréesqui leur avaient été faites , les décida à tenter encore de ramenerles soldats et gardes qui étaient à la porte , au devoir et à la su-bordination.
» MM. Nicolas et Desbouber ont remarqué M. Désilles, officierdu régiment du roi, présentant son corps devant les bouches descanons. Ce brave militaire, non content de vouloir être la pre-mière victime de la fureur aveugle de la garnison , soutenue pardes gardes citoyens rebelles , n’a cessé de leur représenter que c’é-tait contre des frères, contre des amis qu’ils voulaient porter lesarmes, et qu’ils allaient se rendre coupables du crime de lèse-nationpar une action infâme.
» Ces représentations ayant été infructueuses, les deux députésont cru devoir, en imitant l’exemple de M. Désilles , exposer leurvie pour sauver la cité ; et dans cette vue ils ont présenté leur corpsaux canons , en disant- aux soldats : « Tirez, malheureux qui vou-lez votre perle et celle de vos frères; mettez le comble à vos for-faits en donnant la mort à un généreux militaire et à des citoyensqui gémissent sur vos égaremens et sur les maux que vous entassezsur vos têtes. »
» Ces exhortations, qui auraient fait impression sur des hommes