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Catherine comptait faire pièce à celle de Neuchâtel ,secondée en cela par certains personnages qui pen-saient d’accroître par ce moyen l’autorité de la sei-gneurie ; comme si cette accroissance était chose dé-sirable : mauvaise politique et courtes vues, qui con-duiraient le prince droit à l’hôpital, si on les suivait;car en un pauvre pays et chétif terrain comme le nôtre,il ne serait plus assuré moyen d’en chasser les habi-tans et de tout gâter que de rendre la seigneurie toutepuissante à volonté. Nos plus anciens et tant sagesprinces pensèrent tout autrement, en se dévêtissant aucontraire bien habilement d’une bonne partie de leurpouvoir, par les grandes et nombreuses concessions,libertés et franchises qu’ils accordèrent à leurs sujets,prévoyant de loin, avec bons yeux, la prospérité pu-blique qui en proviendrait. Or, si nos princes ou leursconseillers veulent y réfléchir un peu, ils verront clai-rement ( ainsi que monsieur de Montigny le remarquasagement, et que le prince Henri II le sentit bien lui-même dansla suite), que cette prospérité publique et par-tant le solide avantage du souverain ne peut découlerque de la bonne condition des peuples du pays, et sin-gulièrement du bien-être de la ville et bourgeoisie,soit comme corps, soit au regard des individus ; caraussi long-temps que la ville de Neuchâtel restera enhonneur et crédit municipal, elle ne cessera de fournirau souverain d’assurées ressources par les lumières etfacultés des citoyens d’icelle, entre lesquels le princepourra toujours choisir des loyaux et intelligens ser-viteurs, capables de bien exercer les principaux officesde l’état ; vu que les riches, ordinairement mieux éle-