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mal satisfaits des régens dont ils se défient, acceptentavec empressement l’offre du prince d’Orange, à l’insçude la régence.
Jean de Châlons ne s’en tient pas là; il caresse etmignonne tant et tant tous et un chacun, et pour mieuxsonder les dispositions de la multitude, il blâme ap-pertement la rudesse de Conrard, et fait entendre quesi celui-ci, soit la régence, donnait atteinte aux fran-chises de la ville, lui en sa qualité de seigneur domi-nant, prendrait fait et cause pour les bourgeois, voirepar main-mise sur le comté.
Vers la fin de l’année, Conrard arrive inopinémentde la Terre-Sainte, grandement surpris et courroucédes faits et dits, tant du comte de Châlons que desbourgeois et du chapitre de Notre-Dame . Il s’en prendaux régens, les querellant de n’avoir mis empêchementà ce mauvais train. Les régens mal contens quittentla besogne, et se retirent en leurs maisons.
Remarques. Le retour non attendu de Conrard futl’effet d’une information à lui adressée en Orient parle chanoine Jean de Diesse, et. conservée au château deTrje, où je l’ai vue et tenue. Cet écrit est tout curieux,et annonce un noble follement épris du pouvoir féodal,et ne pouvant souffrir les franchises populaires. Il écri-vit entr’autres choses au comte Conrard, que pour sûril y avait manigance entre Berne et les bourgeois deNeuchâtel , que plusieurs du chapitre agissaient de con-cert avec ceux-ci, et que tous prêtaient l’oreille aux dis-cours emmiellés de Jean de Châlons; que s’il ne re-venait bien vite, il risquait grandement de n’avoir pinsà commander en la ville singulièrement. Certes, il