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l’usufruit du comté, comme d’un bien allodial, que Gorgiel -confisqué par Louis sur la maison d’Estavayer, et réuni audomaine seigneurial, était un acquêt auquel elle avait part,et plusieurs autres prétentions de cette espèce. Ces con-testations furent soumises à l’arbitrage du roi de France Charles Y : il prononça en i3;/[, et trouva Marguerite malfondée ; mais elle eut le château et la ville de Boudry avectoutes jurisdictions, à titre de fief et pendant sa vie seule-ment, avec un revenu de 3 69 florins et 6 sols lausannois ,sous condition qu’elle conserverait les franchises des bour-geois, et qu’à la réserve de son douaire, elle laisserait lesforêts dans leur intégrité. La douairière parut satisfaite, etse mit en possession de son château et de la ville; maisayant épousé en secondes noces Jacques de Vergy, seigneurBourguignon, elle renouvela toutes les difficultés, esti-mant que lorsqu’elle avait lié un compromis avec sa belle-fille, elle n’était pas suffisamment autorisée, son mari dé-savouant ce qui avait été fait et dit.
Les parties s’aigrirent; les difficultés se compliquèrentet portèrent sur une multitude d’objets divers. Plusieurstentatives furent faites pour les terminer : l’animosité éclataenfin et dégénéra en une guerre ouverte, pendant laquelleMarguerite et son mari se livrèrent aux plus atroces traite-mens envers leurs sujets de Boudry et ceux de la comtesseIsabelle. Au mépris des franchises du peuple qu’elle avaitpromis de conserver, Marguerite levait sur eux des impôtsinconnus et arbitraires, elle refusait d’accorder les appelsdes sentences rendues à Boudry , elle exploitait les forêts deson domaine. Les bourgeois osèrent lui adresser des plaintes,et lui faire entendre quelle n’était point véritablement damede Boudry , mais seulement usufruitière. Blessée de cetteliberté, elle fit mander au château une trentaine des prin-cipaux citoyens, auxquels elle fit de sanglans reproches,