280 —
les accusant d’êtres parjures. Michel Coutelier, leur chef,offrit de justifier lenrs plaintes devant les tribunaux : aulieu d’accepter ce défi, elle les fit tous envelopper par sesgens -, huit furent saisis et jetés dans les cachots de la tourdu château, d’autres pour se soustraire à ses exactions, quit-tèrent la ville ; elle fit saisir leurs maisons et leurs meubles.Cette conduite ayant excité la rumeur publique, elle me-naça les bourgeois d’exécution militaire, et afin de leur ôtertout moyen de résistance, elle fit enlever les serrures et dé-pendre les portes de la ville, démolir sept maisons et trans-porter toutes les armes au château.
Isabelle informée de ces vexations, fit dire à sa belle-mère qu’elle eût à se contenir et à laisser ses sujets dans lapaisible jouissance de leurs droits, ou quelle serait obligéed’employer la force pour les protéger. Marguerite, furieusede cette menace, fit venir son mari avec une garnison deBourguignons qui s’emparèrent de Boudry . Alors on negarda plus de mesure ; la ville fut livrée à une sorte de pil-lage; les passans, surtout les bourgeois de Neuchâtel ,étaient rançonnés. Un jour, comme autrefois Néron, Mar-guerite fit mettre le feu à la ville, et des gens apostés jetaientdes pierres à ceux qui venaient pour éteindre l’incendie :47 maisons furent détruites. Une autre fois, ses gens firentune excursion jusqu’à Corcelles, où ils brûlèrent i 3 bâti-mens : quatre hommes furent tués dans la mêlée, et unpauvre impotent qui tomba entre les mains de ces furieux,fut traîné à Boudry , où Marguerite le fit pendre. Pour leplaisir de dévaster, elle fit couper dans la forêt plus de 2000chênes et des arbres fruitiers,
Isabelle perdit enfin patience, et résolut d’exécuter sesmenaces. Elle fit un appel à ses bourgeois de Neuchâtel qui ne demandaient pas mieux que d’avoir la permissionde venger leurs injures particulières. Toute la jeunesse