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Soit quelle ne pût résister à l’appareil du tribunal con-voqué par un suzerain qu’elle regardait comme implacable,soit qu’elle connût la force des preuves qui déposaient contreelle, elle s’humilia, avoua, « et se soumit à la merci de» Dieu et de monseigneur. »
Voilà le premier fait qui annonce les dangereux talensde Vauthier, et son adresse à contrefaire d’ancienneschartes. Il est vrai qu’on ne connut point alors l’auteur decet acte faux, qui servit à la condamnation de sa sœur, parcequelle déclara l’ignorer; mais on verra qu’il était le faus-saire, alors inconnu.
Si le comte fit grâce de la vie à Marguerite, elle fut ren-fermée dans les prisons de Neuchâtel ; et si elle recouvra saliberté quelques années après, elle ne le dut qu’à desmoyens qui l’aidèrent à pourvoir par la fuite à sa sûreté.Vauthier n’avait pas attendu ce moment pour se montrerl’ennemi acharné du comte Conrard : il avait jeté le four-reau , et la guerre était déclarée, comptant sans doute surquelques protecteurs puissans à la cour de Bourgogne . Ilse flattait d’avoir part aux bontés de Jean de Châlons, princed’Orange, et du comte de Montbéliard qui était en procèsavec Conrard. Mais ces faibles espérances n’étaient que leproduit de son ressentiment.
Etroitement uni à la puissante maison de Vergy, le comtetrouvait chez elle des gens tout prêts à intercéder auprèsduduc de Bourgogne , lorsqu’il se compromettaitpar quelquetentative téméraire ou injuste. Entouré de cliens ou d’agenshabiles, il était puissant par lui-même. Il avait juré la mortde Vauthier, et les nombreuses difficultés que lui suscitè-rent ses voisins, ses vassaux et ses sujets, ne lui firent ja-mais perdre de vue ce vassal révolté qui pouvait, maigresa faiblesse, devenir dangereux par l’asile qu’il avait trouvedans les états du duc de Bourgogne .