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« sur l’état de son hôtel et de son conseil, buvant et man-» géant à sa table. » Pour venir à bout de ses desseins, ils’était associé un nommé Jacques Leschet, chanoine deNeuchâtel , « né de main-morte et de serve condition, »dont il avait été tiré par les comtes ses prédécesseurs quil’avaient affranchi et élevé au rang de chanoine. Pour legagner, Vauthier lui représentait que le comte les pressaittrop pour lui rendre compte de leur administration pendantle temps qu’il avait passé hors du pays, et qu’il ne les aimaitpas. Le bâtard disait encore qu’il tourmentait trop les bour-geois de Neuchâtel et se travaillait de les moult grever,qu’il fallait donc faire de nouvelles chartes de franchises auprofit de la commune de la ville et du chapitre, pour arrêterles desseins du comte, se servir des franchises du comteLouis conservées par les chanoines, pour en imiter la formeet le langage, afin d’en cacher ainsi la fausseté; qu’on yajouterait alors des clauses avantageuses, et qu’ils en reti-reraient de grandes sommes, en même temps qu’ils dépouil-leraient le comte de sa seigneurie. « A la bonne heure, »dit le chanoine, <c mais où prendrons-nous les sceaux? »Le bâtard montre la manche de sa robe, et en tire troisfaux sceaux ronds, « faits en pâte, composés de ciment, de» colle, de glaire d’œufs et d’empoix, » contrefaits sur lesgrands et petits sceaux des comtes Raoul et Louis : il en tireencore d’autres empreintes, prises sur les sceaux d’abbéset de monastères. « Voici, dit le bâtard, de quoi nous scel-» lerons les nouvelles lettres que nous ferons ; » ce dont leprêtre fut bien joyeux. Le chanoine déroba donc ces chartesau chapitre de Neuchâtel , et ils en firent de nouvelles telles« qu’à grand’peine demeurait-il au comte rien que le nom« d’être comte de Neuchâtel . »
On trouve ensuite le détail des aveux faits par le clercJean de Murat devant l’oflicial de Lausanne , sur ce qui sc