HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1796, 1797. 129
flotte appareilla de Brest pour transporter en Irlande une armée de■vingt-cinq mille hommes sous les ordres de Hoche, général déjà illus-tre , qu'une mort violente et prématurée enleva peu de temps après auxdestinées de la république. La tempête dissipa cette expédition, aumoins inopportune, dont les forces auraient dû être portées en Italie ;car, avec cette armée de vingt-cinq mille hommes, le général Bonaparte écrasait l’Autriche et blessait profondément l’Angleterre dans la per-sonne de son allié. C'était après avoir frappé ce grand coup militaireque le directoire devait songer à séparer l’Angleterre de l’Irlande et àen faire une place d’armes politique et maritime contre cette puissance.Les troubles de l’Irlande n’étaient pas près de finir, et le gouvernementde la république avait tous les moyens de les entretenir jusqu’au mo-ment où il aurait donné l’indépendance aux Italiens ; alors, et alorsseulement, il eût été digne de sa politique d’ordonner à l’illustre gé-néral Hoche d’être à son tour le libérateur d’un peuple.
Cependant le séjour de Milan fit connaître à Bonaparte toute la par-tialité de la neutralité de Venise en laveur de l’armée d’Alvinzi. Déjàpeu satisfait de la conduite de cette ville pendant la campagne, il avaitdit, à son tour, aux autorités de Milan : « Si vous ne m’aviez pas laissémanquer d’argent, et que mes soldats ne se fussent pas trouvés sanssouliers, j’aurais détruit l’armée autrichienne, pris Mantoue , et faitquatorze mille prisonniers. C’est de la chute de cette place que dépendla possession de Vérone, de Brescia, do Bergame et de Crema. Commej’avais abattu tes ailes de l’aigle, j’aurais fait perdre terre au lion. » En effet,le lion de Saint-Marc couvrit tout à coup la terre ferme de la républiquede levées extraordinaires. Armés par le provéditeur Ottolini, les mon-tagnards de Bergame étaient descendus dans la plaine. De nouveauxrégiments esclavons et dalmates débarquaient journellement sur les la-gunes. Cette fermentation était à peine contenue par la présence del’armée victorieuse, qui commençait à goûter avec inquiétude l’hospita-lité de la neutralité vénitienne.
Bonaparte faisait la guerre d’Autriche sur les volcans de l’Italie . Legénéral en chef et Venise étaient dans un état d’observation réciproque;une prudence nécessaire voila leurs desseins : Venise s’abstenait desprovocations ouvertes, parce que l’armée était là ; Bonaparte , de soncôté, s’abstenait de la vengeance, parce que Mantoue n’était pas prise.Il avait des troupes dans les châteaux de Vérone et de Brescia , et
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