U8 HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1797.
toire dans l’esprit de la cour de Rome : il lui expédia à Paris la Viergede bois. C’était une piquante récrimination, à propos d’une instructionsingulière qu’il avait reçue, sous la date du 12 avril 1796, avant lesopérations contre le Piémont. Voici cette instruction : « Gênes ne doitpas être éloignée de Lorette de plus de quarante-cinq lieues. Ne pourrait-on pas enlever la Casa-Santa et les trésors que la superstition y amassedepuis quinze siècles? On les évalue à dix millions sterling. Dix millehommes secrètement Envoyés, adroitement conduits, viendraient à boutd’une telle entreprise avec la plus grande facilité. Il reste une difficulté :la route n’est pas directe, et il faut passer par l’Apennin . Cependant avecde l’audace, non dans l’exécution, qui en exige peu ou point, mais dansle projet, vous ferez une opération financière la plus admirable, et quine fera tort qu’à quelques moines. Dix mille hommes suffisent pourcette entreprise. Leur marche inconnue assure le succès ; au besoin, l’arméeles secondera. » Il n’y a pas un mot dans ce document qui ne soit uneabsurdité. Le directoire convoitait avec tant de franchise et d’ardeur lesdépouilles sacrées de la Vierge de Lorette, que dans son impatience iln’avait pas même songé combien il était inopportun de proposer augénéral en chef une expédition au cœur de l’Italie , et le sacrifice dutiers de l’armée, quand il se trouvait encore en dehors des frontièresdu Piémont . L’avidité fiscale du directoire ne fut pas mieux satisfaite,dix mois après, malgré la possession de la Péninsule, assurée par laprise de Mantoue ; et il fallut se contenter de la statue de bois, à défautdes trésors de la Casa-Santa.
Au milieu de ces petits épisodes de la guerre pontificale, Bonaparte poursuivait toujours avec succès sa conquête morale sur les peuples del’Italie et sur l’opinion de l’Europe . Sa générosité pleine de prévoyanceservit merveilleusement sa politique. Une foule de prêtres français émigrés restèrent tout à coup sans retraite par l’occupation de la Ro-magne; et, déjà fatigués de l’hospitalité qu’ils leur accordaient, le ciergeet les moines profitèrent de la victoire républicaine pour les congédier.Bonaparte , indigné de cette cruauté, dont il était loin d’offrir l’exempleaux vaincus, invita hautement, par une proclamation, les évêques etles supérieurs ecclésiastiques à donner asile à ces pauvres prêtres, quHeut l’heureuse idée de placer sous la protection de ses troupes. Cettecirconstance amena une foule de scènes touchantes. Beaucoup de soldatsreconnurent les curés de leurs villages. C’était ainsi que Bonaparte ,