HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1797. 151
drait rien ; l’Espagne y gagnerait beaucoup, et nous y gagnerions plusencore : nous aurions un allié naturel en Italie qui deviendrait puissant,et avec lequel nous correspondrions par Massa-Carrara et l’Adriatique . »
Il fallait que la paix avec l’Autriche fût bien nécessaire, malgré lestriomphes d’Italie , pour que le général Bonaparte proposât lui-mêmeau directoire la restitution de sa plus belle conquête, du duché de Mi-lan , du duché de Mantoué, et la cession du duché de Parme . Cette né-cessité explique comment il se trouva entraîné à conclure, deux moisplus tard, l’armistice de Léoben et la paix de Campo-Formio, contre lavolonté du directoire, lorsque nous étions sur la route devienne, aprèsavoir détruit la cinquième armée autrichienne , commandée par le plusgrand personnage et le plus grand capitaine de l’Autriche , l’archiducCharles.
Le 3 février, Pie VI ratifia le traité de Tolentino. Il était divisé enpartie politique et en partie financière ; la première stipulait l’abandondes droits du saint-père sur Avignon et le comtat Venaissin , la cessiondes légations de Bologne, de Ferrare et de la Romagne , de la ville, dela citadelle et du territoire d’Ancône , ainsi que la mise en liberté detous les détenus pour opinion; la partie financière stipulait le payementde seize millions qui restaient à solder pour l’armistice de Bologne , etquinze autres milli ons pour la paix actuelle. L’article du traité d’armi-stice relatif à la livraison des tableaux, statues, manuscrits, et à diversobjets d’art et de science, était rappelé et maintenu pour une rigoureuseet prompte exécution. Un article séparé obligeait le pape à faire dés-avouer à Paris le meurtre de Bassevüle par un envoyé extraordinaire, età payer une somme de 300,000 fr. à la famille de cet infortuné. Bona-parte , au lieu d’aller à Rome , où il eût paru vouloir triompher dupape, se rendit àMantoue, où il n’avait pas voulu triompher de Wurmser.
Ainsi Bonaparte , infatigable, impétueux dans la guerre, aussitôtqu’il est vainqueur donne sur le champ de bataille la paix à ses con-quêtes. Il se proclame le protecteur des peuples. Il accorde la libertéaux prisonniers et l’indépendance aux provinces. Il n’est encore ambi-tieux ni pour lui ni pour sa patrie. Ce sont des amis et des nationslibres qu’il attache à la république. Généreux dans l’âge où la gloiredes armes est une passion, il épargne l’humiliation aux cheveux blancsdu maréchal Wurmser et du souverain pontife; et, l’émule de Césarpour le génie de la guerre, il est l’émule deScipionpour la modération