454 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1797.
du Rhin . Le Tagliamento sertde point de réunion aux nouvelles trou-pes impériales, mais trop peu nombreuses encore pour soutenir lesgrands intérêts qui reposent sur elles. L’imprévoyance du cabinet deVienne sous ce rapport mérite d’être remarquée. Si quatre armées dequatre-vingt mille hommes, successivement envoyées contre les Fran-çais, n’avaient pu sauver l’Italie, l’Autriche devait faire marcher lamoitié des forces de l’empire pour défendre la route de Vienne et res-saisir les conquêtes de Bonaparte . Cette importante mesure, prescritepar la nécessité, eût peut-être alors changé les destinées militaires etpolitiques de la France . La république n’aurait pu reprendre l’offensivesur le Rhin , si l’archiduc Charles, victorieux dans le Brisgaw, n’avaitpas dû partir avec ses bataillons d’élite. Le directoire, plus occupé desa conservation que de sa gloire, moins habile que jaloux de son géné-ral, se fût peut-être facilement consolé de la perte de l’Italie , et n’eûtpas épargné une disgrâce éclatante à ce grand capitaine, qui avait con-quis son élévation autant sur son propre gouvernement que sur lesennemis de son pays.
Cependant Bonaparte a deviné son illustre adversaire, et, le 10 mars,il met en mouvement ses troupes, auxquelles se sont réunies la divisionBernadotte et la division Delmas, venues de la Sambre et du Rhin . Enarrivant, Bernadotte avait dit à ses soldats : Soldats de l’armée de Sam-bre-et-Meuse ! l’armée d’Italie nous regarde. La rivalité de Bernadotte nefut pas toujours aussi pure, mais alors toutes les ambitions militairesse montraient désintéressées. La rivalité était, comme la valeur, unenoble passion commune à tous les généraux distingués, et leur donnaitun caractère de grandeur individuelle qui disparut tout à coup avec larépublique.
Quarante mille soldats s’avançaient des bords du Bhin pour rejoin-dre les débris de l’armée d’Alvinzi. Le quartier général de l’archiduc ,d’abord à Inspruck, était porté à Goritz. Bonaparte voulut attaquer leprince avant l’arrivée de ces renforts, et profiter de la supériorité nu-mérique de son armée pour affranchir entièrement l’Italie et ouvrir unecampagne d’Autriche . Il avait espéré un secours de vingt mille hommesdont dix mille de troupes piémontaises et dix mille de troupes véni-tiennes. Mais on a vu déjà que le directoire, suivant ce système d’en-vie par lequel il cherchait à miner la gloire du général en chef, n’avaitpoint ratifié le traité conclu à Bologne entre Bonaparte et la cour de