155
HISTOIRE DE NAPOLÉON . — -1797.
Turin . En empêchant par ce refus maladroit la réunion des deux peu-ples sous le même drapeau, le directoire retardait encore l’effet decette politique convertissant aux idées républicaines, qui faisait ce-pendant le continuel objet de ses instructions. Dans le même temps,la seigneurie de Venise refusait son contingent. Bonaparte connaissaitles dispositions que ce gouvernement, malgré nos triomphes, conser-vait envers la maison d’Autriche . Il avait rendu compte au directoirede la faveur avec laquelle Venise accueillit dans ses provinces de terreferme les fugitifs de Rivoli et de la Favorite; et, en politique habileautant qu’en général prévoyant, au moment de porter la guerre dansles deux Friouls et dans les deux Tyrols, il avait voulu comprimer parun traité d’union les intrigues vénitiennes, et briser, par l’établisse-ment d’une coopération militaire, les liens qui attachaient la répubbquede Venise à la cour de Vienne . Mais il échoua dans cette négociation;de manière qu’au lieu d’acquérir un allié, il dut compter sur un en-nemi; aussi se vit-il obligé de laisser Victor avec dix mille hommes enréserve sur l’Adige, pour contenir la malveillance de l’oligarchie véni-tienne. Cette malveillance lui présente un grand péril, soit qu’il re-vienne vainqueur ou vaincu : elle est un piège tendu sur sa route parla puissance qui tient au Nord les clefs de l’Italie . Quant à l’oligarchiegénoise, depuis longtemps prisonnière de la Victoire, et contenue parl’alliance piémontaise, elle demeure encore sous la garde continuelle dela faction démocratique, qui, dans les murs de Gênes , favorise lesFrançais. Telle est la position de Bonaparte prêt à marcher seul surl’Autriche, car il sait qu’il ne doit rien attendre des armées du Rhin etde Sambre-et-Meuse : les cent quatre-vingt mille combattants dont ellesse composent seront encore sur la rive gauche du Rhin quand il auraplanté son drapeau sur les hauteurs du Simmering , à vingt lieues deVienne .
Le général en chef a campé ses troupes : il est à la tête de cinquante-cinq mille hommes ; il compte autour de lui trente-huit mille combat-tants, qui forment les divisions Masséna, Bernadotte , Serrurier et Au-gereau : celle-ci est commandée par le général Guyeux. Dix-sept millehommes sont aux ordres de Joubert, c’est-à-dire sa division, celle deDelmas et celle de Baraguay-d’Hilliers. Vingt autres mille hommes , etentre autres la division Victor, occupent les places et observent le Midide la péninsule italique, où la foi des traités récents avec la cour de