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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1797, 1798. 217

déclarer par sa légation que ses armées n’évacueraient la rive droitequ’après la pacification de l’Allemagne .

Jamais plus belle, plus solide destinée ne sortit des efforts d’unegrande nation qui a conquis son indépendance avec les armes de saliberté ; une telle fortune devait sembler complète : invulnérable parsa nature, elle établissait, pour toujours peut-être, la puissance de lal’évolution française, si le directoire avait eu la conscience de sa forceet la probité de son triomphe ; mais abandonné à des conseils machia-véliques, il ne s’attachait qu’à faire jaillir la guerre de l’œuvre de lapaix. Un événement dont on lui attribuait alors la cause, tant ses vueshostiles étaient peu dissimulées, fut au moment de rappeler l’Autriche et la France sur le champ de bataille. Bernadotte , ambassadeur à Tienne,où la haine contre les Français brûlait avec l’énergie d’une passion popu-laire, avait, par l’ordre du directoire, arboré tout à coup, après plu-sieurs semaines de résidence, sur la porte du palais de France le drapeautricolore, surmonté du bonnet rouge et accompagné de l’inscription :Liberté, Égalité. Cette innovation, dont cependant le principe trouvait saconsécration dans les habitudes diplomatiques , sembla au peuple deTienne une provocation ou un abus de la victoire. L’hôtel Bernadotte fut assailli inopinément par la populace, et les insignes de la républiquearrachés et foulés aux pieds. Le caractère de l’ambassadeur parut telle-ment compromis, qu’il se hâta de quitter Tienne, et que le directoires’empressa de demander une réparation dont l'ultimatum portait ou laguerre ou la paix. C’était bien la guerre qu’il désirait, et il n’y eut plusà douter de cette disposition quand, après avoir appelé le général Bona-parte à un conseil subitement convoqué pour délibérer sur cette affaire,il lui proposa de prendre le commandement de l’armée d’Allemagne .Bonaparte refusa : il voulait aller conquérir l’Égypte . Mais il se chargeade correspondre à ce sujet avec le comte de Cobentzel, qui avait ordrede sa cour de conjurer l’orage et d’entamer des négociations à Seltz avecFrançois de Neufchàteau .

La méfiance et l’amertume qui régnaient habituellement, dans lescontérences du Luxembourg, entre le directoire et Bonaparte , prou-vaient chaque jour davantage la nécessité de terminer une rivalité quipartageait la France et divisait le directoire lui-même. Aussi l’activitéque le gouvernement avait mise à disposer en secret tous les préparatifsde l’expédition d’Égypte n’était pas étrangère au sentiment d’une sorte