HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1800. 301
avec la mission (le déterminer la cour de Prusse à s’employer pour dé-tacher de la cause anglaise les puissances sur lesquelles son voisinageot sa force pouvaient lui donner de l’influence. Cette négociation réussit ;la Suède et le Danemark se décidèrent, par les instigations de la Prusse ,a se l’enfermer dans une rigoureuse neutralité. Bonaparte avait tenté,pour obtenir la paix et pour désarmer la guerre , tout ce qu’exigeaientla politique et la gloire de la France , sans blesser toutefois la dignitédes cabinets auxquels il avait offert l’amitié de la république ; fort desa conscience et de son droit, du témoignage de sa nation et de la foides gouvernements neutres, il ne lui restait plus qu’à saisir les armes.
D’après les déclarations parlementaires et les manifestes de l’Angle-terre, la nouvelle ligue reprit encore un caractère de croisade contre larévolution. La France , outragée par cette personnalité, accepta la lutte,sous la conduite de Bonaparte , avec la même joie qu’elle avait acceptél’espérance de la paix. Il y a toujours eu chez nous, entre les citoyenset leurs chefs, une intelligence, un accord, un sentiment commund’honneur national, qui éclatent dans tous les âges de notre histoire.On ne cite pas de peuple qui connaisse mieux l’à-propos de combattreou de traiter. L’armée d’Italie était retombée dans la même pénurie oùBonaparte l’avait trouvée quand il en prit le commandement en 1796,et nous ne possédions plus rien dans la Péninsule . Pour en faire lethéâtre d’une autre guerre, il fallait également attaquer sur le Rhin ;Niais toutes les forces de la république n’excédaient pas cent cinquantemille hommes. La contagion régnait dans les hôpitaux et avait emportéle brave Championnet, qui venait aussi de laisser un beau nom en Ita-lie . Cependant, à la voix du premier consul, toute la France s’émeut;allé sait qu’elle va être vengée, et vole au-devant des sacrifices.
On ne se servit ni des lois ni des autres moyens coactifs pour créerdes légions nouvelles. La nation entière, qui avait voté la guerre, donnal’armée. Jamais il n’en parut de plus française; jamais chef ne fut plusPopulaire que Bonaparte après l’insolent refus de ses propositions par1 Angleterre. En faisant un appel à notre gloire, il eut tout à coup pourauxiliaires l’amour des Français offensés dans leur orgueil; les vœuxde l’Italie , ensanglantée par les cruautés de la réaction royale ou parl es proscriptions allemandes; la neutralité du roi de Prusse, de laSuède, du Danemark, et la rupture de la Russie avec les coalisés. Ilsaura se susciter un autre allié non moins puissant : c’est l’incertitude