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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1801-1804. 865

pédition française voguait vers Saint-Domingue , la prudence britanni-que envoyait aussi une flotte d’observation vers les Antilles .

Le 24 décembre 1801, la flotte de Brest appareilla sous les ordresde Villaret-Joyeuse : l’amiral Gravina était à la tète de la division es-pagnole; l’escadre de Lorient et celle de Rocbefort, destinées à for-mer l'avant-garde sous le commandement de l’amiral Latouche-Tré-ville, partirent le même jour. Cette première expédition, composée devingt et un vaisseaux , dix-neuf frégates et corvettes, emmenait onzemille deux cents hommes de troupes. Les forces de terre obéissaient aubeau-frère du premier consul, le général Leclerc, nommé capitainegénéral de Saint-Domingue ; il avait reçu l’ordre de quitter brusque-ment l’armée de la Gironde, qui, depuis la paix de Madrid , ne portaitplus le nom d’armée de Portugal. Le total de l’armée expéditionnaire,avec les renforts qui allaient rejoindre successivement, montait àvingt et un mille deux cents hommes ; mais les onze mille qui s’embar-quèrent d’abord sous la conduite du capitaine général devaient à euxseuls achever l’entreprise de la première occupation. Cette armée fai-sait partie de celle qui venait de dicter la paix à deux journées deVienne : elle ne pouvait être comparée, pour la beauté de ses souve-nirs et l’éclat de sa gloire, qu’aux immortelles légions qui, après avoiraussi conquis la paix sur la maison d’Autriche, avaient suivi Bona-parte en Égypte . Mais l’expédition de la Méditerranée, conçue et di-rigée par Bonaparte lui-même, ne dut pas aux instructions d’un mi-nistre d’être compromise dans sa marche. Quinze jours de tourmente,perdus dans le golfe de Gascogne à attendre les escadres de Lorient etde Bochefort, dont le premier ralliement était à Belle-Isle , enlevèrentaux Français l’inappréciable avantage de surprendre Saint-Domingue sans défense. L’amiral Latouche ayant pris sur lui de ne pas suivre à lalettre des ordres dont l’exécution pouvait devenir fatale à son escadre,accorda quatre jours à l’obéissance en croisant devant Belle-Isle, etavait fait route ensuite sur Samana, où l’amiral Villaret ne le rejoignitque dix jours après : ainsi l’on eut à craindre de trouver des ennemissur la défensive, au lieu d’avoir prévenu la guerre par une invasionsubite. Mais l’expédition ne devait pas éprouver ce seul malheur à sonarrivée : l’imprévoyance irréparable de son chef maritime lui donnatout à coup des auspices bien différents de ceux qui l’avaient vue par-tir des ports de la métropole.