HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1801-1804. 377
avoir anéanti la rébellion, Richepanse succomba, dans les premiersjours de septembre, à ce terrible fléau dont le retour périodique, si-lencieusement attendu par les noirs de Saint-Domingue , devint tout àcoup, ce même mois, le signal d’une fermentation sourde dans les ate-liers et dans les bataillons coloniaux. On cessa de rendre les armes ; onles cacha avec soin ; des insurgés, sous le nom de nègres marrons, serassemblèrent sur les Mornes aussitôt que la fièvre jaune reparut. Ceredoutable auxiliaire de l’affranchissement du sol d’Haïti , tel que Tous-saint l’avait conçu primitivement avec Jean François, c’est-à-dire del’empire noir sans mélange, moissonna avec une effrayante rapidité, etdans une proportion plus effrayante encore, la brave armée qui n’eutbientôt plus pour casernes que les hôpitaux, que la mort vidait chaquejour. Le général en chef était allé, avec sa femme et son fils, respirer pen-dant quelque temps l’air salubre de l’île de la Tortue , où il avait fait éta-blir un hôpital de convalescents ; un impérieux devoir le rappela au Capau commencement de juin, à l’époque où la maladie régnait dans toute saviolence ; il voulut assister à l’ouverture de cette assemblée de députésformée pour devenir une sorte de conseil central et consultatif des inté-rêts , des besoins et des ressources de la colonie.
Peu de jours après, la surveillance exercée sur Toussaint s’alarmad’une certaine agitation autour du bourg d’Ennery, tandis qu’une in-surrection ouvei'te réunissait un grand nombre de nègres sur les Mornesappelés la Montagne noire. Toussaint, au lieu d’aller lui-même apaiserces mouvements, suivant sa promesse au général Leclerc, se contentad’armer, pour sa sûreté, disait-il, des nègres cultivateurs, dont lesFrançais arrêtèrent un détachement. On sut bientôt que Toussaint seréjouissait des ravages de la fièvre jaune, et qu’il répétait sans cesse :Je compte sur la Providence, nom du grand hôpital du Cap. Enfin,quelques-unes de ses lettres interceptées ne laissant plus de doute sursa connivence avec les insurgés, le général en chef ordonna de l’arrê-ter. Toussaint, appelé aux Gonaïves par le général Brunet, s’y renditpour éviter les soupçons, et tomba dans le piège qu’il voulait tendrelui-même ; il fut mis à bord, conduit en France , et transféré au fortde Joux, où il mourut deux ans plus tard. On a reproché amèrementl’arrestation de Toussaint au général Leclerc, tandis que c’était l’expé-dition contre Toussaint qu’il eût fallu reprocher au gouvernement. Laposition du capitaine général, ses obligations envers la métropole et son