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Tome premier.
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378 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1801-1804.armée, lui prescrivaient d’agir comme il l’a fait. Du moment où Tous-saint refusait sa coopération à nos troupes, il devenait redoutable; etnul doute que si on lui donnait le temps de sortir du rôle d’inertie qu’ilavait adopté, c’en était fait de la race blanche et de l’autorité de la France à Saint-Domingue . Jamais plus terrible fatalité ne pesa sur un hommeinvesti du pouvoir militaire et civil. D’ailleurs, le général en chef seconformait à ses instructions. Au reste, l’effet que la détermination deLeclerc produisit sur les noirs, à qui Toussaint, comme un maîtreinvisible, commandait ou de se révolter ou de fléchir, justifia bientôtle moyen de salut imposé par la politique et la nécessité.

Charles Belair, neveu de Toussaint, avait relevé l’étendard de l’insur-rection ; elle prit bientôt un caractère plus grave, quoique revêtue en-core de cette prudence impénétrable qui voile les complots des nègres.Les généraux noirs, qui marchaient avec les généraux français contreles insurgés dont ils fomentaient la rébellion, poussèrent la perfidie aupoint de tuer ces malheureux de leurs propres mains. Par une atroceapplication de cet infernal système, Dessalines , ayant arrêté Belair, lefit juger et condamner à mort par une commission militaire que prési-dait le mulâtre Clervaux , qui peu de jours après s’insurgea lui-même.Ainsi, non-seulement la soumission des noirs, mais leur obéissance etjusqu’à leur fidélité, offraient quelque chose d’autant plus effrayant,que la durée n’en pouvait pas être calculée. Cette extraordinaire inquié-tude assiégeait toujours la pensée du général en chef. Il s’en vit bientôtdélivré par une circonstance qu’il avait prévue, mais contre laquelletoute préparation était inutile.

A la fin de juin, les lettres de la Guadeloupe arrivèrent. On appritle débarquement du général Richepanse, la défaite des noirs, l’expulsiondes nègres et des mulâtres des rangs de l’armée française , le retour ducapitaine général Lacrosse , et le rétablissement de l’esclavage : cettenouvelle, subitement répandue parmi les noirs du Cap, les frappa d’uneconvulsion électrique. La race noire et la race mêlée de Saint-Domingue eurent le droit de manifester une méfiance publique; ce qui venaitd’avoir lieu à la Guadeloupe légitimait l’insurrection des Mornes. L egouvernement avait, au mois de novembre 1801, publié cette déclara-tion : A Saint-Domingue et à ta Guadeloupe il n’est plus d’esclaves. Tout yest libre, tout y restera libre. A peine on connut le cruel démenti donnépar la contre-révolution de la Guadeloupe à un engagement si solennel»