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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1801-1804. 379

qu’une conspiration s’étendit sur toute la colonie. C’était bien assez sansdoute pour le gouvernement colonial de voir chaque jour décimer, de-puis trois mois, par la maladie, ce qui restait de l’armée blanche ; la ré-volte des Mornes et la trahison prochaine des troupes noiresprésentaientau capitaine général une combinaison de périls contre lesquels le couragefrançais ne pouvait lutter longtemps. L’invasion de tant de fléaux et leurprofonde impression sur l’armée formaient un terrible contraste avec lebonheur dont la signature de la paix d’Amiens , si tristement accueilliepar les mourants de Saint-Domingue, comblait Paris et la France . En-fin, le capitaine général, pressé par tant d’adversités, devait à sonhonneur et à l’espoir de conserver un peu de sécurité, de déchirer lepremier pacte de confiance qu’il avait fait avec les noirs.

Comment supporter davantage l’anxiété de voir, au milieu de sesbataillons éclaircis par la fièvre jaune, les bataillons intacts des ennemisqu’il fallait craindre encore une fois? Leclerc hâta le désarmement detous les noirs casernés au Cap, et prévint ainsi un des dangers qui lemenaçaient; car,le 12septembre,Clervaux etPétion,qui commandaientau Haut-du-Cap, passèrent aux rebelles avec trois régiments ; le 16, ilsattaquèrent le Cap-Français. Un avant-poste fut forcé par cet assaut im-prévu autant qu’impétueux; mais le général en chef, accouru avec cinqcents soldats et mille hommes de couleur, repoussa les révoltés, aux-quels Christophe et Paul Louverture se réunirent le lendemain. Ainsireparut la guerre à mort entre les deux races ; mais quelle disproportioneffrayante offraient les forces opposées! La population noire était dequatre à cinq cent mille individus, et l’armée ne comptait pas dans toutesles places de la colonie plus de huit mille hommes au drapeau. La gardenationale du Cap servit et se battit comme la troupe de ligne : elle méritades armes d’honneur que lui donna le général en chef. La concentrationdes troupes qui survivaient à la fièvre jaune devint indispensable. Lecapitaine général fit évacuer sur le Cap la garnison du fort Dauphin etdu Port-de-Paix ; celle des Gonaïves se retira sur le Port-au-Prince ,après s’être défendue contre Dessalines qui dirigeait l’insurrection dansl’Ouest.

Un autre malheur attendait l’armée expéditionnaire et les habitantsde Saint-Domingue : dans la nuit du 1 er au 2 novembre, le généralLeclerc mourut de la fièvre jaune : nouveau sujet de deuil ajouté àtoutes les douleurs. La perte du général Leclerc fut même, dans la