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Tome premier.
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380
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380 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4801-1804.

situation désespérée de la colonie, un désastre politique. Aucun sou-venir , aucun engagement ne liait plus à la cause de la métropole unseul des individus de la race africaine : que ne devait-on pas craindred’une telle désunion, qui nous mettait à la merci de la puissance dunombre et des passions les plus exaltées ?

M. Daure, ordonnateur en chef de la colonie, qui, depuis la mort deM. Benezech, remplissait aussi les fonctions de préfet colonial, exerçaalors l’intérim du capitaine général jusqu’à l’arrivée de Rochambeau ,alors au Port-au-Prince . Le seul noir Laplume, commandant de lapartie du Sud, ne trahit pas son serment; ce périlleux dévouementdoit honorer à jamais la mémoire de ce général. Le mulâtre Lamarti-nière , qui avait si vaillamment défendu la Crête-à-Pierrot, demeuraégalement fidèle au drapeau français , et périt par les mains de ses sol-dats, qu’il voulut empêcher de se joindre aux révoltés.

L’armée avait perdu en neuf mois, c’est-à-dire de février à novem-bre, le général en chef et douze officiers supérieurs; parmi lesquels lesgénéraux de division Dugua, Hardy, Debelle ; les généraux de brigadePambour, Tholozé, Saint-Martin, Ledoyen, Dampierre, Desplanques ,Meyer, Wonderweit, Jablonowski ; mille cinq cents officiers, sept centcinquante officiers de santé , vingt-cinq mille soldats ; huit mille de lamarine du commerce ; deux mille employés civils ; trois mille blancsvenus de France . Sur cette masse effrayante, cinq mille hommes envi-ron succombèrent dans la guerre; la fièvre jaune dévora tous les au-tres. A la mort du général Leclerc, il restait neuf mille cinq centshommes, dont sept mille aux hôpitaux. Le total des forces débarquéesà Saint-Domingue , jusqu’à cette époque, montait à trente-quatre millehommes. Les états de l’armée rapportés en France furent des registresmortuaires. Ainsi, sur cinquante mille individus de la race blancheimportée , il survivait deux mille cinq cents valides et sept mille ma-lades , dont les deux tiers moururent. Les neuf dixième de la popula-tion française périrent à Saint-Domingue . Il n’y a pas d’exemple dansl’histoire moderne d’une destruction aussi grande, en raison du tempset du nombre. Quant au massacre des colons par les noirs, il ne peutêtre calculé !

Aussitôt que Rochambeau eut pris le commandement général, il luifallut soutenir la vive attaque des insurgés, qui s’emparèrent des mon-tagnes autour du Cap ; mais une batterie qu’il fit placer sur une habi-