HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1803. 399
On exécuta les mêmes travaux dans les ports de l’Étaples , de Vimereuxet d’Ambleteuse ; l’armée les creusa. Il manquait à Boulogne un fortqui protégeât les bâtiments mouillés au large : le premier consul fitjeter les fondations d’une tour énorme sur un récif isolé. En mêmetemps que le fort s’élevait, on s’occupait à étendre la portée du boulet( des pièces de gros calibre jusqu’à deux mille toises. Les ports d’Ostende,'de Dunkerque, de Calais , intermédiaires aux bouches de l’Escaut, sehérissaient aussi d’artillerie ; toute la côte qui regarde l’Angleterre putêtre nommée la côte de fer. La plus absolue nécessité commandait cevaste système contre les forces anglaises qui couvraient l’Océan ; il étaitencore indispensable pour défendre, le long des rivages, la marche desflottilles que l’on dirigeait successivement vers le rendez-vous général deBoulogne. L’Angleterre avait mis en mer tout ce qu’elle possédait devaisseaux : Toulon, Gênes et Livourne étaient bloqués dans la Méditer-ranée par la flotte de Nelson ; les ports d’Espagne et le cap Saint-Vincent ,observés par l’amiral Pellew ; les côtes de Brest par Cormvallis, tandisque la flotte du canal manœuvrait sous les ordres de l’amiral Keith etde Siduey Smith.
La république batave, malgré la reconnaissance de son indépendancepar le traité de Lunéville , ne formait déjà qu’une province, une placed’armes française . Elle se trouvait comprise dans la guerre que lagrande république allait porter en Angleterre. En Helvétie. il fallaitprocéder autrement; le général Ney, resté avec un caractère diploma-tique dans ce pays, y conclut la première capitulation pour quatre régi-ments. Cette innovation parut injurieuse à l’armée et à la Fi'ance : àl’armée, qui seule, depuis quinze ans, faisait respecter sa glorieuse na-tionalité par toute l’Europe ; à la France , qui, alors encore républi-caine, s’indigna du retour de ce trafic de soldats étrangers, établi parl’orgueil ou par la méfiance des rois. Mais cette mesure était toute po-litique ; elle enlevait à l’Angleterre et aux coalitions un allié dangereuxpour la France , dont les frontières orientales n’ont point de défense,Parce que, depuis des siècles,nos rois payaient les Suisses pour garderces mêmes frontières.
Les immenses préparatifs dont le mouvement remplissait la Belgique reçurent alors un nouvel encouragement de la présence du premierconsul, qui partit de Paris , le 25 juin, pour aller les inspecterlui-même, dans un voyage qu’on peut appeler une course triomphale.