406 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1804.
quand un certain personnage arrivait chez Georges, chacun se levait etle traitait avec un respect particulier. Ces récits des sous-ordres de laconspiration donnèrent à la police la crainte qu’un prince de la maisonde Bourbon ne fût déjà à Paris . Le gouvernement sut bientôt que Mo-reau avait vu Pichegru chez lui; et qu’à une autre conférence du soir,sur le boulevard de la Madeleine, Pichegru lui avait présenté GeorgesCadoudal ; deux fois encore, Pichegru et Moreau avaient eu des entre-tiens particuliers, d’où il était résulté, malgré quelque dissidence dansles moyens d’exécution, le projet de changer totalement la forme dugouvernement. Cependant rien de plus hétérogène que l’union de cestrois personnages, de souvenirs, de conditions, de vœux essentiellementdifférents, et obligés de franchir, pour se trouver, pour parler, pours’unir ensemble, les plus puissantes considérations. Moreau, le dénon-ciateur de Pichegru, était l’auteur de sa perte. Pichegru avait, jusqu’audernier moment, tenté de faire battre Moreau par les Autrichiens, etGeorges, le plus fougueux chef de la chouannerie, se voyait à regretassocié à deux généraux républicains qui pouvaient se trahir encore etruiner la conspiration. Pichegru cependant, entièrement voué à sonsuccès, nourrissait en outre une haine ancienne contre le premier con-sul, à qui il reprochait le 13 vendémiaire et l’appui donné par l’arméed’Italie au 18 fructidor. Pichegru oubliait que, depuis 1795, le droitd’accuser ne lui appartenait plus. Un de ses amis, Rolland, ancien en-trepreneur des subsistances militaires, assez courageux pour lui donnerasile chez lui, l’engagea vainement, dit-on, à renoncer à sa criminelleentreprise. On assure que Pichegru lui répondit qu’il avait à sa dispo-sition les ressources de l’Angleterre, et qu’il portait deux pistolets,dont l’un serait pour celui qui voudrait l’arrêter, et l’autre pour lui-même. Il jura qu’il ne périrait jamais de la main des bourreaux de Bonaparte .
Les prisons renfermaient déjà presque tous les complices, au nom-bre de quarante - cinq. Il ne restait encore de libres que Moreau,Pichegru et Georges, les triumvirs de la conjuration. Les conjurésse nommaient : Bouvet de Lozier , Rusilion, Rochelle, Armand etJules de Polignac, d’Hozier, de Rivière , Léridant, Picot, Couchery,Rolland, Lajolais , David, Gailliard, Roger, Hervé, Lenoble, Coster,Lagrimaudière, Joyant, Louis et Noël Ducorps, Darty , Burban ,Lemercier, Pierre Cadoudal, Lelan, Even, Merille, Gaston et PierreTroche; Monnier, sa femme; Denaud, sa femme; Yerdet, sa femme;