HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1804. 407
Spin, la fille Hézay ; Dubuisson , sa femme ; Caron, Gallais et safemme.
Le 15 février, les informations ayant paru satisfaisantes, Moreaufut arrêté. Le 17, l’ordre général de la garnison de Paris portait:« Cinquante brigands.... ont pénétré dans la capitale; Georges et legénéral Pichegru étaient à leur tête. Leur arrivée avait été provoquéepar un homme qui compte encore dans nos rangs, par le général Mo-reau, qui fut remis hier aux mains de la justice nationale. Leur projet,après avoir assassiné le premier consul, était de livrer la France auxhorreurs de la guerre civile et aux terribles convulsions de la contre-révolution. »
L’opinion, quoique éclairée depuis longtemps sur l’éloignementinspiré par une obsession domestique à Moreau pour le premier con-sul , se refusa à croire de telles accusations La gloire des armes je-tait alors de profondes racines; le public, à qui l'avilissement de sesgrandes renommées et le sacrifice de sa longue admiration sont éga-lement insupportables, se mit à soutenir une sorte de guerre contreBonaparte . Cette opposition déclarée gagna plus rapidement encore lesvétérans des armées du Nord, que Moreau avait commandées avectant de succès. La France militaire, alors réunie tout entière sous lepremier consul, se divisa de nouveau, et reprit ses anciennes riva-lités entre l’armée d’Italie et d’Égypte , et l’armée du Rhin. La causede celle - ci était demeurée intacte, ainsi que sa vénération pour sondernier chef. Le genre de vie adopté par Moreau paraissait à beau-coup de gens, et à ses anciens officiers, une retraite au moins contrel’injustice, si ce n’était contre la persécution; aussi cet ordre du jourdu gouverneur de Paris reçut - il un accueil peu favorable, tant ilchoquait les opinions et cette faveur républicaine dont Moreau aimaità s’envelopper. La raison publique se révolta à l’idée d’une conni-vence avec Georges, et à celle de l’assassinat du premier cousul. Ainsile but de prouver la culpabilité de Moreau, qui, le lendemain, de-vint la matière du rapport du grand juge au gouvernement, fut dé-passé , et par conséquent manqué. La justice eut affaire à une singu-lière difficulté, à l'incrédulité du public ; il jugea le forfait impossible,à cause de son énormité. L’opposition qui régna pendant tout ce pro-cès alla presque jusqu’à l’attitude séditieuse : erreur honorable pourle caractère national, qui demeura indécis entre le culte qu’il portait si