408 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — -1804.
justement au premier magistrat de la république et la cause d’un illus-tre accusé !
Le 28 février, un sénatus-consulte suspendit pour deux ans la pro-cédure par jury, et investit les tribunaux criminels de la connaissancedes crimes de haute trahison, d’attentats contre la personne du premierconsul, et contre la sûreté intérieure et extérieure de la république.Le même jour une loi spéciale appliqua la peine capitale aux receleursdes conjurés , comme complices; le même jour encore, aussitôt la pro-clamation de cette loi, Picbegru fut livré, dans la rue Chabanais, pourune somme de 100,000 francs, par un homme chez lequel il s’était ré-fugié. A deux heures du matin, des agents de police, munis de la clefque cet hôte perfide et à jamais infâme leur avait donnée, entrèrent dansla chambre où dormait Pichegru , se saisirent de ses pistolets et se je-tèrent sur lui. Ce général, quoique surpris et sans armes , se défenditlongtemps et ne céda qu’au nombre. Il fallut le lier et le conduire enchemise à la préfecture de police, où il subit un premier interroga-toire ; de Là il fut transféré au Temple, et confronté avec ses complices ;on le reconnut pour être le Charles à qui l’on témoignait chez Georgestant de respect. Le signalement de Georges Cadoudal avait été commu-niqué à toutes les barrières, à tous les gendarmes, à tous les délégués dela police, et affiché partout. Enfin, le 9 mars, Georges fut arrêté, encabriolet, non loin du carrefour de Bussy, par deux agents dont il tual’un et blessa l’autre, de deux coups de pistolet. Il portait encore unpoignard ; mais la foule l’entoura et l’empêcha de se sauver. Conduità la police , il avoua sans hésiter : Qu’il était venu à Paris pour attaquerle premier consul par des moyens de vive force, et avec des moyens pareils àceux de son escorte et de sa garde, mais qu il attendait pour cela qu’un princefrançais fût arrivé à Paris. Pichegru , au contraire, se renferma con-stamment dans un système de dénégation absolue, soit par rapport àGeorges , soit par rapport à Moreau, malgré les déclarations faites ensa présence par Bouvet de Lozier, Rolland, Couchery, Lajolais. Mo-reau débuta aussi par le même système, auquel il dut bientôt renon-cer. La nature lui avait donné le courage des champs de bataille, enlui refusant cette force morale qui ennoblit toujours l’adversité etquelquefois le crime lui-même.
Le 8 mars, il écrivit au premier consul une lettre justificative ; on yretrouve l’embarras qui caractérise celles qu’il adressa de Strasbourg