HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1804. 409
au directeur Barthélemy. Après avoir établi ses premières relations avecPichegru , à qui il devait, disait-il, le grade de général de division, lecommandement de l’armée du Haut-Rhin, et, enfin, qu’il avait égale-ment remplacé à l’armée du Rhin, il disait : « .... Dans la courte cam-pagne de l’an Y (celle du 20 au 23 mars 1797), nous primes lesbureaux de l’état-major de l’armée ennemie : on m’apporta une grandequantité de papiers, que le général Desaix, alors blessé, s’amusa à par-courir. Il nous parut, par cette correspondance, que le généralPichegru avait eu des relations avec les princes français. Cette décou-verte nous fit beaucoup de peine, et à moi particulièrement ; nous con-vînmes de la laisser en oubli. Pichegru , au corps législatif, pouvaitd’autant moins nuire à la chose publique, que la paix était assurée. Jepris néanmoins des précautions pour la sûreté de l’année, relatives àun espionnage qui pouvait lui nuire.... Les événements du 18 fructidors’annoncaient ; l’inquiétude était assez grande : en conséquence, deuxofficiers qui avaient connaissance de cette correspondance m’engagèrentà en donner connaissance au gouvernement.... J’étais fonctionnairepublic, et je ne pouvais garder un plus long silence.... Pendant ces deuxdernières campagnes d’Allemagne et depuis la paix, il m’a été quelquefois faitdes ouvertures assez éloignées, pour savoir s’il serait possible de me faire entreren relations avec les princes français. Je trouvai tout cela si ridicule queje n’y fis pas même de réponse. » Moreau nie ensuite avoir eu lamoindre part à la conspiration actuelle, et il ajoute : « Je vous le répète,général, quelque proposition qui m’ait été faite, je l’ai repoussée par opi-nion.... De pareilles ouvertures, faites à moi, particulier isolé, n’ayantvoulu conserver aucune relation, ni dans l’armée, dont les neufdixièmes ont servi sous mes ordres, ni aucune autorité constituée, nepouvaient exiger de ma part qu’un refus. Une délation répugnaittrop à mon caractère.... Voilà, général, ce que j’avais à vous dire surmes relations avec Pichegru : elles vous convaincront sûrement qu’ona tiré des inductions bien fausses et bien hasardées de démarches etd’actions qui, peut-être imprudentes, étaient loin d’être criminelles. »Moreau oubliait qu’il était obligé comme citoyen, après l’avoir étécomme général en chef, de révéler les complots tendant à renverser legouvernement de son pays ; il oubliait aussi qu’il avait dénoncé Pichegru au directoire, et il savait très-bien, par Georges et Pichegru , que denouvelles machinations menaçaient et la vie du premier consul et le