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Tome premier.
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410 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4804.

salut de la république. Enfin c’était encore à lui que l’on s’adressait,même depuis la paix, pour donner un chef à une conspiration. Moreauaxait mieux défendu la France qu’il ne se défendait lui-même; salettre fut jointe aux pièces du procès qui commença. Il occupa toutParis : le palais de justice et ses avenues étaient, dès la pointe du jour,assiégés par une foule délibérante que la présence des troupes parve-nait difficilement à contenir. La hardiesse et la publicité des opinionsimprimaient à cette affaire le caractère d’un grand intérêt national.Frappé de cette étonnante expression delà pensée, qui partageait lacapitale entre le chef du gouvernement et un accusé, le premier consulchargea le colonel Séhastiani d’aller confidentiellement s’informer auprèsde l’un des juges, M. de la Guillaumye, ancien intendant de Corse,de l’issue que pourraient avoir les débats. Ce magistrat lui dit queMoreau était coupable, mais que les preuves légales manquaient pourune conviction pleine et entière; que d’ailleurs la force de l’opinionpublique combattait leur autorité, et, enfin, qu’il ne prévoyait pas queMoreau pût être condamné à une autre peine qu’à une détention limitée :La Guillaumtje a raison, dit le premier consul, les Parisiens sont toujourspour les accusés. Quand Biron fut condamné à mort par le parlement, bienjustement, comme traître, on fut obligé de doubler la garde, et de le faireexécuter à huis clos à l’Arsenal. Un général présent à cet entretien, repré-senta au premier consul qu’il aurait été bien plus simple de traduireMoreau devant une commission militaire : Je ne l’ai pas fait, réponditBonaparte , pour sauver voire tête et la mienne. Quelque temps après, commel’affaire approchait de sa conclusion, le conseiller Clavier, ardent répu-blicain, qui figurait également au nombre des juges de Moreau, futaussi pressenti sur le jugement. On lui assura que l’intention du pre-mier consul, si le tribunal prononçait la peine de mort, était de fairegrâce à Moreau : Qui me la fera à moi ? répliqua-t-il brusquement. Eten effet, la France ne l’eût absous que dix ans plus tard, quanden 1813 Moreau apparut dans les conseils et dans les armées de lasixième coalition, qui tua sa patrie et son ennemi. Les réponses desdeux magistrats et les paroles du premier consul expriment fidèlementla situation des choses et des esprits, à cette grande époque où laliberté n’avait encore ni tout pardonné, ni tout donné à la gloire et augénie. Ce qui complète aussi le tableau de cette situation, c’est l’affluencejournalière de cette multitude d’adresses qui, expédiées de toutes les