HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1804. 411
parties de la France par chaque tribunal, chaque administration,chaque régiment, chaque corporation ecclésiastique, enfin par les moin-dres comme par les plus éminentes fonctions de la république, rem-plissaient toutes les pages du Moniteur. Le besoin du salut du premierconsul était universel ; aussi le sentiment de ce besoin éclata unanime-ment quand on connut le danger. Moreau fut condamné, dans cesadresses, par tout ce qui représentait la France politique, administra-tive , judiciaire et religieuse ; mais une foule de citoyens voulurent inter-venir eux-mêmes dans le jugement de cette cause extraordinaire, où ilsprenaient parti autant pour l’innocence de Moreau que pour la conser-vation de Bonaparte .
Pendant que cette machination intérieure occupait le premier consul,une autre machination ourdie à l’extérieur, et qui par sa marche, ainsique son but, lui parut identique avec la première, attirait ses regardssur les bords du Rhin . Toutes les deux étaient des conceptions enfan-tées à Londres. Le ministre anglais à Munich , M. Drake, avait étéchoisi, ainsi que son collègue de Stuttgard, Spencer Smith, pourfomenter les conspirations contre la vie du premier consul, et contrela France les insurrections civiles et les trahisons. Ces infâmes moyens,repoussés par le droit des gens et même par le droit de la guerre,furent employés avec une telle impudeur, que Bonaparte résolut deles faire connaître à l’Europe , pour l’éclairer enfin sur le machiavé-lisme du cabinet de Saint-Jâmes. La conduite de ce cabinet n’étaitpas nouvelle; elle datait de l’administration de M. Pitt, aux premierstemps de la révolution. Au dedans, la corruption britannique assiégeaitla France dans les conseils républicains et dans ses armées royales ; audehors, elle l’attaquait dans ses conquêtes, et dressait l’embûchede l’assassinat sous les pas de ses soldats. En 1799, M. Windham,ministre près la cour de Toscane, se fit en Italie un nom fameux ; aprèsla perte de la bataille de la Trébia par les Français, il entra dans Flo-rence à la tète de l’insurrection sanguinaire d’Arezzo , ayant à ses côtés,avec le titre de commandant en second, Alessandra Mari, sa maîtresse.Aidé de cette troupe de moines et de sicaires, sous les bannières de laVierge et de saint Jean-Baptiste, il dirigea l’atroce réaction dont lesFrançais et leurs partisans tombèrent victimes dans toute la Toscane .Antérieurement à cette époque, en 1793, lorsque le moindre soupçon<1 intelligence avec l’étranger ou la possession innocente d’un faux assi-