412 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1804.
gnat envoyait à la mort, M. Wickam, ministre britannique en Helvé-tie, avait ouvert le premier une détestable carrière; ses émissairesparcouraient les départements voisins de la frontière, et achetaient latrahison avec des assignats de fabrique anglaise : combinaison inévi-table et fatale comme celle de Quiberon ! Elles furent également meur-trières aux Français des deux partis! C’était la mort qui soldait aveu-glément la haine de l’Angleterre et la justice française. Le génie du malne pouvait inventer rien de plus atrocement perfide. En 1803 et 1804,M. Wickam se trouvait encore en Suisse ministre de la Grande-Bre-tagne, chargé des mêmes pratiques contre la France ; MM. Drake etSpencer Smith formaient avec lui un triumvirat de proscription contrele premier consul, et de complots contre la république. Yoilà le con-tingent que le ministère anglais avait mis en ligne avec l’armée del’empereur d’Autriche , dont faisait partie le corps de Condé.
La police de Paris fut tout à coup saisie du secret de ces manœuvresinfernales par l’arrestation, à Kehl , de Méliée de Latouclie, déporté àOléron à l’occasion de l’attentat du 3 nivôse, auquel il était complète-ment étranger. Mais le premier consul l’avait frappé comme l’un desauteurs présumés du 2 septembre. Échappé de l’île, Méhée se réfugiaen Angleterre , où il s’attacha aux trames que la reprise des hostilitésrenouvelait contre la France et Bonaparte . Accrédité bientôt, en qua-lité de victime de la tyrannie consulaire, auprès des principaux instiga-teurs de ces forfaits , il fut envoyé à M. Drake pour l’aider à en assurerle succès. Le ministre l’accueillit, agréa ses services, et le fit partirpour Paris , avec des instructions relatives au bouleversement de laFrancepar la perte du premier consul, enfin par la contre-révolution. Arrêtéà Kehl avec ses papiers, vers la fin de septembre 1803 , Méhée se vitdans l’alternative de subir la peine capitale, qu’il méritait, ou de deve-nir l’agent du gouvernement pour déjouer la conjuration étrangère ; dn’hésita pas à préférer le dernier parti. On prétendit même alors qu’ilappartenait à la police française dès son départ d’Oléron pour Londres ,et qu’il ne courait aucun danger en rentrant dans sa patrie.
La conspiration formée au milieu de la France par les délégués deM. Drake avait acquis une sorte de maturité, et le plan en était fortétendu. Il existait, dans diverses communes, des comités permanentset chargés d’exciter, de mettre en mouvement, de faire exécuter unecontre-révolution désastreuse, en désorganisant Formée, en ordonnant