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Tome premier.
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419
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HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1804. 419

mission devant laquelle il comparut deux heures après, il déclara qu’ilétait prêt à faire la guerre, et qu’il devait avoir du service dans celle que l’An-gleterre faisait encore à la France . Averti par le président que les commis-sions militaires jugeaient sans appel, le duc répondit : Je ne me dissi-mule pas le danger que je cours; je désire seulement avoir une entrevue avec lepremier consul.

Vers les quatre heures du matin, une explosion se fit entendre dansles fossés du château : le dernier rejeton de la maison de Condé mou-rait , pour la cause royale, au pied de la forteresse où le grand Condéavait été renfermé comme coupable d’avoir porté les armes contre le roide France .

Cependant, le 21 mars, au milieu de la violente agitation dont leprocès de Moreau et de Pichegru enflammait les esprits, on apprendtout à coup que le duc d’Enghien a été fusillé à Yincennes. Une mornestupeur s’étend sur la capitale ; les prisonniers du Temple sont oubliéspendant cette journée envahie par un deuil inconnu ; et ce qui rendcette émotion si sombre, si sinistre, c’est le caractère mystérieux im-primé à l’effroi général, comme dans les grandes calamités dont lacause est cachée. En effet, on ignore le crime, on ne connaît pas la vic-time. Plus des deux tiers de la population virile de la capitale ne saitquel est ce prince qui vient de périr à Yincennes ; on ne le sait qu’àcette armée qu’ont commandée les prisonniers du Temple, Pichegru etMoreau ; à cette armée qui a vu combattre contre elle les trois généra-tions de la maison de Condé. Frappée d’un saisissement profond, l’opi-nion cherche toutefois à pénétrer un secret que la mort peut avoirrendu impénétrable ; elle voudrait rattacher ce fait si étrange au com-plot qui l’occupe, et elle se perd avec une sorte de désespoir dans desconjectures qu’aucun indice, qu’aucun témoignage ne vient soutenir ouexpliquer. Si c’était, disait-on, la même conspiration, on eût mis lenouveau coupable en présence des anciens, il n’en aurait pas été sépai’éà l’instant par un jugement et une exécution nocturne.

La mort du duc d’Enghien n’est pas un crime, dit alors un homme d’état,c’est bien pis, elle est une faute. Napoléon a pris pour lui seûl cette fautetout entière dans son testament, où il s'exprime ainsi :

« J’ai fait arrêter et juger le duc d’Enghien, parce que cela étaitnécessaire à la sûreté , à l'intérêt et à l’honneur du peuple français....Dans une semblable circonstance, j’agirais de même. »

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