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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 4804. 421

aujourd’hui : leur mort lui a été proposée, conseillée même à plusieursreprises.»

On n’a cessé de répéter jusqu’à satiété que c’était le parti révolu-tionnaire qui avait exigé de Bonaparte la mort du duc d’Enghien. Quipourrait le croire parmi les contemporains si nombreux de cette époque,quand on se rappelle avec quelle facilité ce parti, sauf quelques raresexceptions, avait abjuré aux pieds du nouveau César sa religion poli-tique, et aussi quand on remarque l’obscurité de tous les conspirateurspatriotes, hormis l’adjudant général Aréna, qui payèrent de leurs têtesles attentats entrepris contre Bonaparte ? L’aristocratie de ce parti avaitlaissé les périls à ses prolétaires, se promettant sans doute d’en recueillirle fruit, si le succès les couronnait. Mais toutes ces exécrables machina-tions furent punies, cette aristocratie se trouva tout d’abord formerl’aristocratie consulaire , et elle se résigna avec la même facilité à devenirl’aristocratie impériale. Peu de temps , en effet, après le 18 brumaire,tous les hommes que l’on appelait encore Jacobins étaient séduits oudispersés ; ils n’avaient point, ils ne pouvaient avoir auprès du premierconsul de représentant assez important, assez énergique pour lui im-poser comme gage de sa fidéhté à la révolution le sacrifice du ducd’Enghien. Quant à ceux qui jouissaient de quelque crédit auprès delui, ils ne s’intéressaient déjà plus à la cause de la liberté, abandonnéepar eux ; ils ne gardaient déjà plus eux-mêmes de fidélité à la révolu-tion : car il est bien vrai de dire que Bonaparte ne dut pas à beaucoupprès à lui seul, ni aux soldats , les journées du 18 et du 19 brumaire,qui changèrent le gouvernement. De même il trouva autant d’aidespour soutenir ce changement, qu’il en avait eu pour l’opérer. Indépen-damment de cette foule qui accourt sans cesse au secours du vainqueur,les hommes politiques se mirent tous à consolider l’œuvre de Saint-Cloud , les uns dans l’intérêt de la révolution de 89 ; les autres danscelui de l’ambition ; d’autres, moins clairvoyants , dans l’intérêt de larépublique ; ceux-ci étaient en plus grand nombre qu’on ne le croitaujourd’hui : ils n’avaient vu que le triomphe de leurs principes dansla chute du directoire et dans l’élévation de Bonaparte . C’étaient lesmêmes qui, à l’époque que je retrace, soutenaient, malgré les lumièresrépandues par l’instruction du procès, que Moreau n’avait pas con-spiré avec Georges et Pichegru : parmi les honnêtes gens, les moinséclairés ont du penchant à attribuer aux hommes qu’ils aiment les sen-