424 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1804.
envers vous, citoyen premier consul, m’en imposent la loi, que le ca-binet prenne des mesures afin que les Wickam, de Drake, les SpencerSmith, ne soient reçus chez aucune puissance amie de la France , àquelque titre et sous quelque caractère que ce puisse être. Les hommesqui prêchent l’assassinat et qui fomentent les troubles civils, les agentsde la corruption, les missionnaires de la révolte contre les gouverne-ments étabüs, sont les ennemis de tous les états, de tous les gouverne-ments. Le droit des gens n’existe pas pour eux. »
Lord Hawkesbury, chef du cabinet britannique , répondit à ce su-jet et osa déclarer :
Que tout gouvernement sage se doit à lui-même et au monde en général,de profiter de tout mécontentement qui existe dans le pays avec lequel il peutse trouver en guerre, et par conséquent de prêter aide et assistance aux pro-jets des mécontents.
Ainsi le ministère anglais ne craignit pas de sanctionner par un deses actes publics tout ce que le grand juge de France avait avancé dansses deux rapports. La doctrine de lord Hawkesbury, qui n’était autrechose que l’école de l’assassinat, donna lieu à une réplique foudroyantede la part de M. de Talleyrand , qui couvrit de honte le cabinet de Saint-James, sans toutefois le forcer au silence.
Tel fut, dans son ensemble et dans tous ses détails , l’épisode terri-ble qui détourna l’attention publique des conspirateurs du Temple.Toutefois , malgré le saisissement dont la mort du duc d’Enghien avaitfrappé toutes les âmes , cette mort ne laissa point de trace. Nulle dé-mission ne signala le mécontentement d’un fonctionnaire, soit civil,soit militaire, soit ecclésiastique, ni d’aucun de ceux qui ont cherchédepuis, par leurs écrits ou par leur silence, à se justifier d’avoir prispart à cette catastrophe.
Cependant l’empereur de Russie , en sa qualité de médiateur et degarant de la paix continentale , protesta contre l’invasion du pays deBade et notifia, le 7 mai, sa protestation aux états de l’Empire. Il étaitpuissamment secondé dans cette haute démarche par le roi de Suède ,gendre de l’électeur de Bade, et même par le cabinet de Londres , quiosa aussi intervenir dans cette réclamation, quoique souillé encore descrimes de ses agents diplomatiques. Lorsque le respect de la moraleuniverselle peut favoriser scs intérêts , aucune puissance ne montreautant de conscience que l’Angleterre. La cour de Pétersbourg avait