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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1804. 427

adversaires, et peut-être placer dans les mains de Bernadotte le sceptredu protectorat républicain. Il y avait péril en la demeure pour la nation,dans toute la rigueur de l’expression, lorsque les cris de joie des ma-telots de Fréjus annoncèrent à la France un libérateur; Bonaparte sevit en quelque sorte porter jusqu’à Paris sur les bras de la population,et le 18 brumaire eut lieu. Je pense, avec beaucoup de gens, qu’ilexistait un autre moyen de sauver la France ; mais j’atteste, sans crainted’être contredit, qu’il n’en existait pas d’autre pour Bonaparte . Le con-quérant de l’Égypte ne pouvait conspirer comme Sieyès . Ses élémentsnaturels étaient les soldats ; aussi ce fut avec eux qu’il brisa ce que lalégislature seule avait le droit de dissoudre.

Et quand même, obsédé chaque jour à Paris par les plus imposantessollicitations d’opérer un changement politique, il aurait eu la volontéd’attendre une révolution légale, qui sait si elle eût été faite pour lui,si elle n’eût pas été faite contre lui? Bernadotte , Augereau, épiaientl’occasion. Le temps pressait, tanj son retour spontané avait subitementmûri les craintes, les espérances et l’agitation publique! La sagesse deSieyès , après une longue temporisation, avait fini par ne pas trouverde délai au delà du 18 brumaire, pour se servir du bras de Bonaparte .La liberté du choix manquait déjà à l’idole du peuple et de l’armée,entre remplacer un pouvoir avili, que chacun l’engageait à détruire, etdont trois directeurs sur cinq lui offraient le partage, ou disparaîtreobscurément, comme le général Hoche, sous le verdict silencieux d’unevengeance ou d’une intrigue. Bonaparte préféra sauver la France et lui-même : le conseil des Anciens, les habitants de Paris, la France et l’ar-mée furent les complices de la royauté qu’il proclama sous le voile dela commission consulaire ; mais dès le premier moment, il accepta samagistrature comme une conquête et non comme une élection.

La monarchie bonapartienne, commencée le 20 brumaire an VIII(11 novembre 1799), eut des phases rapides : élective et temporaire le15 décembre 1799, déclarée à vie le 2 août 1802, elle devint hérédi-taire sous le nom d’empire, le 18 mai 1804. Ces modifications n’éma-nèrent pas de la seule volonté de Bonapar te ; elles dépendirent aussi dela marche des choses, qui poussait à l’hérédité. Consul à temps, uncoup d’état, un simple coup de main pouvait chasser Bonaparte , commeil avait chassé le directoire, comme le directoire s’était décimé lui-mêmeau 18 fructidor et au 30 prairial. Consul à vie, il suffisait d’un assas-