428 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1804.
sin; et Georges attendait encore sous les verroux le châtiment d’unattentat reconnu par lui-même. Bonaparte prit l’he'rédité comme unbouclier, afin que, s’il tombait victime d’une nouvelle conspiration,l’état ne pérît pas avec lui; car, depuis quatre ans et demi que duraitle consulat, on pouvait regarder la France comme placée en viager surune tête sans cesse menacée. L’hérédité était sans doute la pensée deNapoléon devenu empereur ; elle était aussi une loi de la nécessité.
Tout atteste, malgré les récriminations élevées par ce qui peut resterencore des membres de la convention et du directoire, que la France àcette époque se trouvait dans l’impossibilité de supporter davantageune magistrature élective. Notre situation politique renfermait tantd’éléments de dissolution, que le directoire lui-même s’était vu réduit,dans la vue de sa conservation, à se constituer en tyrannie, et à créer,dès le 1 er janvier 1796, la funeste institution d’un ministère de la policegénérale, qui rendait le gouvernement odieux par l’ignoble terreurdont il fatiguait la liberté.
La royauté impériale commença le 18 mai 1804. Cependant celuiqui, en 1799, s’était présenté pour héritier de la révolution, et quiavait disposé à sa volonté de cet orageux patrimoine, ne veut pas seporter héritier de l’ancienne monarchie. Il se fait empereur, titre connudans l’histoire des princes et des conquérants, mais qui devient entreses mains une chose toute nouvelle; car il consulte, en la créant, aumoins autant les besoins du temps que les penchants de sa nature, etles proportions de ses facultés personnelles. Il met bien sur sa tète lacouronne d’un monarque ; mais il se garde de lui rendre ce que la révo-lution a rayé à jamais du cortège de toute royauté en France , c’est-à-dire les droits féodaux, une noblesse exclusive et privilégiée, le droitd’aînesse, un clergé, ordre dans l’état, la vénahté des offices, la con-fusion du trésor public dans celui du prince, l’inégabté ou l’exemptiondes impôts, etc., etc. Il proclame une monarchie impériale constitu-tionnelle, où lui seul est absolu, et où la révolution étabht la libertédes personnes, des propriétés, des cultes, l’égalité civile et politique,l’admission à tous les emplois, des distinctions sans privilèges, la sépa-ration des deniers de l’état d’avec le trésor du souverain, la redditiondes comptes de chaque ministre, etc.... Tel fut constamment, pendantson règne, l'esprit des constitutions dont il dota les royaumes deNaples, de Hollande, de Westpbalie, d’Italie, le grand-duché de Var -