HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1804. 429
sovie et l’Espagne . Ces constitutions doivent être regardées comme degrands manifestes de la nouvelle civilisation qu’il avait prophétisée audirectoire, quand il lui dit au retour de Radstadt : «....De la paix quevous venez de conclure, date l’ère des gouvernements représentatifs. »
J’ai avancé qu’il n’y avait d’absolu dans le gouvernement impérialque Napoléon; j’affirme qu’après lui, sous son fils, sous un princedont l’éducation politique n’eût pas été le despotisme d’un général enchef toujours victorieux, ni les droits ceux du conquérant de la répu-blique, cette monarchie impériale retombait par sa propre nature auniveau des besoins, des volontés, des principes de la société française,en un mot, au régime d’une véritable monarchie constitutionnelle, queNapoléon tint jusqu’à son dernier jour cachée à l’ombre de ses dra-peaux. Sous un tel successeur, le conseil d’état descendait du rang despouvoirs législatifs à celui de comité consultatif du monarque et de sesministres; la législature recouvrait la parole; le ministère de la police,puissance odieuse, violente, arbitraire, rentrait dans les attributionslégales du ministère de la justice ; la presse reprenait ses franchises enmême temps que la nation.
Napoléon établit en France toute la liberté et tout le despotisme qu’ilcrut qu’elle pouvait supporter. Quand il eut réuni à notre territoireune moitié de l’Europe , et que le voyageur marchait sur les terres del’empire depuis Terracine jusqu’à Lubeck , il s’attrista de cette grandeurcolossale : Qui après moi, disait-il, pourra porter un tel fardeau?
C’est cette prodigieuse destinée, inséparable du sentiment profonddont elle affectait Napoléon lui-même, que je propose à la méditationdu lecteur, maintenant que les cendres de ce grand homme sont lejouet des vents de l’Atlantique; qu’Alexandre, l’ami, le rival, l’ennemiet l’héritier du maître de tant dépeuples, dort comme lui dans latombe; et qu’il n’y a plus de bras pour tenir le sceptre européen .