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HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1804.
Dès cette époque, Napoléon eut le tort de se croire assez puissantpour donner un pareil ministère à un homme qu’il était loin d’esti-mer. Ce ne fut pas la seule fois qu’il commit de semblables erreurs ;elles devaient lui être un jour aussi funestes qu’à la France . Mais déjàce caractère, qu’on s’est plu à juger indépendant de toute influenceparce qu’il était fort, montrait du penchant à se laisser dominer parl’habitude, au point de ne pas consentir à éloigner ses ennemis, s’ilsavaient reçu de lui d’importantes faveurs. Jusqu’à la fin de son règne,Napoléon se regarda comme obligé envers eux par la hauteur des po-sitions qu’ils tenaient de lui. Si une telle conduite n’eut pas d’autre butque de ne pas vouloir se désapprouver lui-même en abandonnant sescréatures , jamais faiblesse moins pardonnable , puisqu’elle causa tantde dommage à la chose publique , n’aurait été reprochée à un grandprince. Cependant, on doit l’avouer, il n’y a point de plus noble or-gueil que celui qui ne se rappelle que ses bienfaits au milieu destrahisons.
La loi du 29 mai 1802 avait créé l’ordre de la Légion d’honneur ;l’inauguration de cette grande institution revoit une journée chère à laFrance depuis treize années , celle de la fédération du 14 juillet. Cettefête a lieu au temple de Mars, dans l’église des Invalides . La cérémo-nie brille de tout l’éclat de la grandeur républicaine et de toute lapompe impériale. C’est dans l’édifice de Louis XIV , fondateur del'ordre de Saint-Louis, que Napoléon donne solennellement la déco-ration à la gloire militaire de la liberté. Le même jour, pour mieuxconsacrer cette mémorable époque de la première confédération desFrançais , les croix d’honneur sont distribuées parles généraux danstoutes les garnisons de l’empire. Napoléon partagea avec la patrie lesvœux de tous ses défenseurs.
Cependant l’Empereur n’oublie pas les vastes conceptions du premierconsul : au premier rang figure l’invasion qu’il a préparée contrel’Angleterre dans les ports de France et de la domination française. Lesports de la Manche sont en même temps les chantiers et les arsenauxde l’expédition qui doit rappeler, par l’immensité des troupes et destransports, celle de Xerxès contre la Grèce .
Les camps établis sur les côtes ont pour chefs nos premiers géné-raux. Le maréchal Davoust commande les camps de Dunkerque etd Ostende ; le maréchal Ney ceux de Calais et de Montreuil; le maré-
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