438 HISTOIRE DE NAPOLÉON . - 1804.
bruit des acclamations de la terre. Mais lin instant après éclata subite-ment un orage épouvantable, qui sépara quelques bâtiments de la flot-tille. I,'Empereur alla en rade, et donna les ordres nécessaires ; il nequitta le port que quand les navires dispersés, au nombre de seize, fu-rent rentrés. Il revint au camp, et les plaisirs de la soirée commencè-rent. De nombreuses distributions aux troupes, des danses, des chantsguerriers prolongèrent dans la nuit la fête militaire. Pour y faire par-ticiper la flotte et les côtes d’Angleterre, un beau feu d’artifice attiratout à coup les regards de la croisière ennemie et de la population deDouvres sur le plateau du camp de gauche , où quinze mille hommesen bataille exécutèrent un feu de file avec des cartouches à étoiles : tri-but payé par l’armée à l'étoile de la Légion d’honneur qu’elle venait derecevoir. Rien ne manque à la magie de cette journée, pas même unetempête. Cet événement inattendu, qui pouvait devenir si fatal, ajoutaà l’ascendant de Napoléon : les troupes lui attribuèrent le salut de laflotte. De cet enthousiasme superstitieux, à lui attribuer le don demaîtriser les orages, il n’y avait pas loin. Les soldats, crédules et enivrésde la présence de leur chef, se persuadaient tous que la victoire obéissaità sa volonté. Il ne tenait peut-être qu'à Napoléon de faire d’eux unearmée grecque ou romaine ; mais il lui semblait plus glorieux de com-mander des Français qui, sous ses yeux, se croyaient invincibles.
Le même jour, on célébrait la fête de l’Empereur à Cherbourg parl’inauguration de la batterie Napoléon, et à Anvers par celle de l 'arsenalmaritime. Ce vaste port de construction comptait à peine une année d’é-tablissement ; cependant trois vaisseaux de ligne et une frégate allaientsortir de ses chantiers. Le 16 août vit lancer deux corvettes.
Avant de quitter Boulogne pour se rendre dans les quatre départe-ments du Rhin , l’Empereur inspecta la flottille une dernière fois ; néan-moins ce ne fut pas la dernière fois qu’il passa en revue son arméed’Angleterre. Il en reçut un noble témoignage de dévouement et derespect ; elle lui vota une statue colossale en bronze, qui serait placéeau milieu du camp de César. Tous les grades de l’armée offrirent unepartie de leur solde pour ce monument qu’elle s’élevait à elle-même ;mais le bronze manquait. Le maréchal Soult, qui préside à cet impo-sant hommage au héros de la France , lui dit : Sire, prêtez-moi du bronze ,je vous le rendrai à la première bataille. Deux mois plus tard, le maréchalacquitta sa dette dans un village de la Moravie .