UG HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1805.
ser au bonheur de donner elle-même la paix au monde : qu’elle ne laissepas cette douce satisfaction à ses enfants ! Car enfin, il n’y eut jamaisde plus belle circonstance , ni de moment plus favorable pour faire tairetoutes les passions et écouter uniquement le sentiment de l’humanité etde la raison. Ce moment une fois perdu, quel terme marquer à uneguerre que tous mes efforts n’auraient pu terminer? V. M. a plus ga-gné depuis dix ans en territoire et en richesses, que l’Europe n’a d’éten-due ; sa nation est au plus haut point de prospérité. Que veut-elle espérerde la guerre ? coaliser quelques puissances du continent ? le continentrestera tranquille. Une coalition ne fera qu’accroître la prépondéranceet la grandeur continentale de la France . Renouveler des troublesintérieurs? les temps ne sont plus les mêmes. Détruire nos finances?des finances fondées sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais.Enlever à laFrance ses colonies? les colonies sont pour la France un objetsecondaire, et Y. M. n’en possède-t-elle pas déjà plus quelle n’en peutgarder? Si V. M. veut elle-même y songer, elle verra que la guerre estsans but, sans aucun résultat présumable pour elle. Eh! quelle tristeperspective de faire battre les peuples pour qu’ils se battent ! Le mondeest assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre, et la raisona assez de puissance pour qu’on trouve les moyens de tout concilier,si de part et d’autre on en a la volonté. J’ai toutefois rempli un devoirsaint et précieux à mon cœur. Que Y. M. croie à la sincérité des senti-ments que je viens de lui exprimer, et à mon désir de lui en donnerdes preuves. »
Mais c’était encore à l’implacable haine du cabinet de Saint-James queNapoléon s’adressait; et sous la date du 14 janvier, lordMulgraveécri-vit à M. de Talleyrand :
« S. M. a reçu la lettre qui lui a été adressée par le chef du gouver-nement français , datée du 2 e jour de ce mois. Il n’y a aucun objet queS. M. ait plus à cœur, que de saisir la première occasion de procurer denouveau à ses sujets les avantages d’une paix fondée sur des bases quine soient pas incompatibles avec la sûreté permanente et les intérêts es-sentiels de ses états. S. M. est persuadée que ce but ne peut être atteintque par des arrangements qui puissent en même temps pourvoir à lasûreté et à la tranquillité à venir de l’Europe , et prévenir le renouvel-lement des dangers et des malheurs dans lesquels elle s’est trouvée en-veloppée. Conformément à ce sentiment, S. M. sent qu'il lui estimpos-