448 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1805.
texte de l’illégitimité de l’empereur des Français , par l’invincible machia-vélisme d’un gouvernement dont la splendeur ne date que de l’époqueoù la maison de Hanovre a occupé le trône d’Angleterre au détrimentdes Stuarts .
Ainsi l’Europe est condamnée par le cabinet de Saint-James, ou plutôtpar un seul homme, par Pitt, à s’immoler à la haine qu’il porte, non-seulement aux prospérités de la France , mais aussi à la fortune per-sonnelle , à la gloire, au génie de Napoléon . Dix années après, afin quela postérité ne puisse jamais se méprendre sur l’auteur de ces prospé-rités , ce même cabinet, digne exécuteur testamentaire du fils de Cha-tam, proclamera, dans toute l’Europe soulevée et soldée par ses sub-sides , que c’est contre Napoléon seul qu’il arme la vengeance du monde ;et la France , deux fois veuve du héros qu’elle vient de couronner, seraenfin, sinon la proie, du moins la victime de la jalousie britannique.
Le 14 janvier, Napoléon reçut de la nation le plus beau de tous lestrophées : sa statue fut inaugurée au corps législatif pour éterniser lacréation du code civil, la mémoire de son fondateur et la reconnais-sance des Français . Une pompeuse solennité consacra ce grand hom-mage national; elle eut lieu en présence de l’Impératrice, de la familleimpériale, de toute la cour et des premiers pouvoirs de l’état. M. deYaublanc avait la parole et dit :
« Messieurs, vous avez signalé l’achèvement du code civil des Fran-çais par un acte d’admiration et de reconnaissance. Vous avez décernéune statue au prince illustre dont la volonté ferme et constante a faitachever ce grand ouvrage, en môme temps que sa vaste intelligence arépandu la plus vive lumière sur cette noble partie des institutions hu-maines. Premier consul alors, empereur des Français aujourd’hui, ilparait dans le temple des lois, la tête ornée de cette couronne triom-phale dont la victoire l’a ceint si souvent, en lui présageant le bandeaudes rois, etc....» Un banquet et un bal, offerts à l’Impératrice, suivi-rent cette séance. L’Empereur parut le soir au bal; les arts, dans cettebelle fête, qui célébrait si justement le premier bienfait de toute civili-sation , étalèrent à l’envi tout ce qu’ils peuvent produire de plus bril-lant, de plus ingénieux.
Cependant Napoléon avait habilement profité de la juste exaspérationdu cabinet de Madrid contre les violations britanniques , et, le 12 jan-vier, une convention fut signée à Aranjuez entre la France et l’Espagne .