HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1805. 451
qu’il puisse cacher ses mœurs un seul moment : allez vous habiller. L’ecclésias-tique revint en soutane, et l’Empereur trouva le moyen d’effacer l’im-pression de sa réprimande. Napoléon oublia réellement à Brienne, pen-dant vingt-quatre heures, et l’empire de France et le royaume d’Italie.
Le lendemain matin, de très-bonne heure, il était à cheval ; ceux quile suivaient le perdirent bientôt de vue. Après d’inutiles recherches deleur part, Napoléon reparut au bruit des coups de pistolet que l’in-quiétude faisait tirer à ses officiers : il avait été, non loin du village dela Rothière, visiter, dans une des promenades favorites de l’école, lechamp de bataille où, neuf années plus tard, trahi par la fortune, iidevait combattre pour sauver l’indépendance de la France et sa proprevie. Napoléon quitta Brienne , non sans y laisser des traces généreusesde sa présence. De retour à Troyes, l’Empereur se dirigea sur Lyon , oùil séjourna quelque temps. Tout ce que le génie de cette ville si célèbredans l’histoire des arts utiles put créer de plus éclatant, de plus triom-phal, fut mis en œuvre pour célébrer le passage de l’Empereur. Lareconnaissance était pour ainsi dire gravée sur les murs de cette grandecité, dont Napoléon avait relevé les ruines. Jamais population ne semontra transportée d’un enthousiasme plus vrai, plus légitime. Elledevait à Napoléon la renaissance et la protection du commerce; ellesaluait avec d’autant plus d’ivresse les nouvelles grandeurs qui se réu-nissaient sur la tète de ce prince, que ces grandeurs ouvraient uneimmense carrière aux principales fabriques de Ly on ; aussi déploya-t-elleavec profusion, dans cette circonstance, les merveilles de cette indus-trie toute royale, dont s’embellirent à Paris les majestueuses solennitésdu sacre. Lyon , que la nature seule de son commerce rendait odieuseà la république, avait été ravagée par la terreur comme par une ven-geance. Aucune guerre civile, aucune proscription depuis celles deBorne, n’offrit un tableau plus terrible et plus déplorable des fureurset des infortunes humaines : le souvenir était loin d’en être effacé; cemême souvenir, au retour d’Égypte , avait accueilli le libérateur avecune acclamation toute séditieuse ; ce même souvenir, fortifié des avan-tages recueillis depuis la pourpre consulaire, exaltait au plus hautdegré les esprits et les âmes de cette ville ardente, à laquelle Napoléon témoigna constamment une prédilection dont alors elle était si heu-reuse , et dont elle peut encore s’honorer à présent.
Pendant qu’il était à Lyon , Napoléon conçut un plan dont le succès
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