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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1805. T57

tromper les Autrichiens et occuper les Anglais . En effet, sous ses yeux,ses équipages furent embarqués ; le corps entier du maréchal Soult lofut pendant quarante-huit heures ; une partie de l’avant-garde du ma-réchal Ney avait appareillé de Montreuil , et était entrée à Boulogne.L’empereur Napoléon savait aussi qu’au mépris de ses ordres formels,et au préjudice de la haute entreprise qui eût abattu l’orgueil et le des-potisme de l’Angleterre, l’amiral Villeneuve avait conduit la flotte com-binée dans les ports de l’Espagne ; cependant il espérait encore que cetamiral, après avoir réuni l’escadre de Carthagène à la grande flotteespagnole et française, reprendrait la mer avec quarante-trois vaisseauxde ligne, et que, secondé par l’escadre du contre-amiral Lallemand, ilse présenterait devant Brest, y débloquerait Gantheaume , arriveraitdans le canal avec soixante-huit vaisseaux, et couvrirait le trajet de laflottille qui devait porter l’année et la fortune du nouveau César. Dansl’état de dispersion où étaient les flottes anglaises, Cormvallis n’avaitpas plus de quarante vaisseaux à opposer à cet immense rassemblementde forces. Ainsi, malgré tant de chances contraires, malgré les fautesgraves qui venaient de déranger les profondes conceptions du génie,l’expédition réussissait si l’amiral Villeneuve se hâtait de réparer, commeil le pouvait encore, les conséquences funestes de son inconcevable dés-obéissance aux ordres de l’Empereur.

Napoléon attendit pendant quelques jours l’arrivée de l’amiral; il lesconsacra avec son ardeur accoutumée à préparer tous les moyens derepousser une injuste agression, et d’en aller punir les auteurs jusquedans la capitale de l’Autriche . Un décret, rendu au camp impérial, le26 août, mit en activité soixante mille conscrits, dont trente mille dela réserve destinée à établir l’armée sur le pied de guerre, suivant laloi de recrutement. La France et l’Italie répondirent de toutes parts àl’appel de l’Empereur. En s’assurant une armée formidable, qu’il s’ap-prêtait à quitter pour voler en Allemagne , en veillant sur la conserva-tion de nos flottes répandues au dehors, et de nos immenses préparatifsd’invasion contre l’Angleterre, Napoléon improvisait dans sa pensée levaste ensemble des mémorables opérations militaires de la campagned’Austerlitz. Il est impossible d’omettre dans la vie de ce grand capi-taine le fait rapporté à ce sujet par un homme dont personne ne récu-sera le témoignage. « M. Daru était à Boulogne, remplissant les fonc-tions d’intendant général de l’armée. Un matin, l’Empereur le fait