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Tome premier.
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458
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458 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4805.

appeler dans son cabinet ; Daru le trouve transporté de colère, parcourantà grands pas son appartement, et ne rompant un morne silence que pardes exclamations brusques et courtes... « Quelle marine !... Quel amiral !...Quels sacrifices perdus !... Mon espoir est déçu. Ce Villeneuve! au lieud’être dans la Manche, il vient d’entrer au Ter roi! C’en est fait! Il ysera bloqué.... Daru, mettez-vous là, écoutez et écrivez. » L’Empereuravait reçu de grand matin la nouvelle de l’arrivée de Villeneuve dansun port d’Espagne; il avait vu sur-le-champ l’expédition d’Angleterreavortée; les immenses dépenses de la flotte et de la flottille perduespour longtemps, pour toujours peut-être ! Alors, dans l’emportementd’une fureur qui ne permet pas même aux autres hommes de conserverleur jugement, il avait pris l’une des résolutions les plus hardies, ettracé l’un des plans de campagne les plus admirables qu’aucun conqué-rant ait pu concevoir à loisir et de sang-froid. Sans hésiter, sans s’ar-rêter, il dicta en entier le plan de la campagne d’Austerlitz, le départde tous les corps d’armée, depuis le Hanovre et la Hollande jusqu’auxconfins de l’ouest et du sud de la France : l’ordre des marches, leurdurée, les lieux de convergence et de réunion des colonnes, les sur-prises et les attaques de vive force, les mouvements divers de l’ennemi,tout fut prévu, la victoire assurée dans toutes les hypothèses. Tellesétaient la justesse et la vaste prévoyance de ce plan, que, sur une lignede départ de deux cents lieues, des Agnes d’opération de trois centslieues de longueur furent suivies, d’après les indications primitives,jour par jour, et lieu par lieu, jusqu’à Munich . Au delà de cette capi-tale, les époques seules éprouvèrent quelque altération, mais les lieuxfurent atteints, et l’ensemble du plan fut couronné d’un plein succès.

Dans le même moment où il allait mettre ses troupes en mouvement,sous le nom de grande armée, substitué à celui d 'armée d'Angleterre,Napoléon chargeait son maréchal du palais, le général Duroc, de serendre à Berlin pour s’assurer de la neutralité de la Prusse . Cette né-gociation fit triompher la diplomatie française, malgré les efforts desgénéraux russes, du prince de Metternich et d’autres personnages nonmoins éminents, réunis à Berlin pour entraîner la cour de Prusse dansla coalition. Une armée de cent mille hommes, aux ordres du vieuxmaréchal de Mœllendorff, sage conseiller du trône dans cette circon-stance, et une réserve de cinquante mille, commandés par le roi lui-même, devaient garantir sa neutralité armée.