402 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1805.
tour de Wurtemberg, et conquérir son alliance, peut-être en secretvolontaire et du moins aussi conforme aux intérêts du prince que né-cessitée par sa situation ; pressé entre deux armées , il était contraintde prendre un parti prompt et décisif. Ney avait dû ouvrir à coups decanon les portes de Stuttgard, Napoléon employa quelque séductionauprès de l’électeur, conclut avec lui un traité qui nous donna un corpsauxiliaire de huit mille hommes, et gagna un allié dont la fidélité luifut toujours utile et jamais onéi’euse.
Cependant Napoléon , pour assurer le succès du grand mouvementde son aile gauche qu’il dérobait aux ennemis, et séparer le généralMaclv des renforts autrichiens et russes qui accouraient vers lui, diri-geait toutes ses divisions sur Nordlingen . Il fallait surtout que Berna-dotte, avec un corps grossi des troupes gallo-bataves amenées parMarmont, marchât sur Würtzbourg où la cour de Munich s’était réfu-giée , y prit le commandement de l’armée bavaroise , forte de vingt-cinq mille hommes, et manœuvrât dans la même direction que lesautres divisions. Le temps matériel manquait au maréchal pour se portersur le Danube , à Iugolstadt, à moins qu’il ne violât les possessionsprussiennes en Franconie. Napoléon n’ignorait pas les mauvaises dispo-sitions de la Prusse, alors déclarée tout entière contre lui, le roi excepté ;il sentait les dangers de l’accession de cette puissance à la coalition,mais il savait aussi qu’elle nourrissait l’arrière-pensée d’obtenir le Ha-novre pour prix de sa neutralité ; l’Empereur avait fait proposer au roid’occuper cet électorat pendant la guerre. Malgré cette démarche, dontl’intention était favorable aux vues de la Prusse , il ne pouvait se fierau caractère temporiseur du cabinet de Berlin ; il prévoyait que l’au-dace et le succès d’une résolution qui frapperait un coup terrible surles alliés, suspendraient au moins les graves effets des ressentiments lesplus exaltés : en conséquence, l’ordre de franchir le territoire d’Anspachet de Bareuth, fut donné à Bernadotte en ces termes : « Traverser ces terri-toires , éviter d’y séjourner, faire beaucoup de protestations en faveur dela Prusse, témoigner beaucoup d’attachement pour elle, le plus d’égardsqu’on pourra, puis traverser ses possessions avec rapidité, en alléguantl’impossibilité de faire autrement,parce que cette impossibilité est réelle. »Ces précautions, dictées par une raison prévoyante, les explicationsde M. Laforèt à Berlin et de M. Otto à Würtzbourg , n’empêchèrent pasla Prusse de faire éclater son mécontentement et ses menaces ; elle