HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1805. 463
ouvrit la Silésie et ses autres provinces aux troupes russes pour serendre à leur destination.
Pendant ce temps, le roi de Suède mettait à la solde des Anglais douze mille hommes qui devaient agir en Poméranie avec vingt-quatremille Russes , aux ordres du général Tolstoy , que seconderait une lé-gion de Hanovre , formée en Angleterre : la reprise de l’électorat étaitle but de l’expédition. Ni ces orages élevés contre lui, ni le déploiementde toutes les forces de la monarchie de Frédéric , n’ébranlèrent Napo-léon ; de son côté , la Prusse ne se détermina pas à en venir aux der-nières extrémités ; elle paralysa même par sa contenance les efforts desalliés ; la Prusse , enfin , temporisa par crainte , par intérêt et par uneprudence dont elle n’aurait pas dû s’écarter. Mais pour les gouverne-ments comme pour les particuliers, ce qu’il y a de plus rare au monde,c’est la persévérance dans les résolutions prises avec maturité ; et de lamobilité comme de la faiblesse où elle prend souvent naissance, décou-lent une foule de malheurs que la constance aurait presque toujoursdétournés.
Mack, doublement trompé, soit par les démonstrations de Napoléon à l’entrée des gorges des montagnes de la Forêt-Noire, soit par lamarche rapide et le rassemblement vers Stuttgard de trois corps d’ar-mée et de la garde impériale , avait également ignoré le mouvementcirculaire de notre aile gauche, composée des autres corps, aux ordresdes maréchaux Ney et Davoust, ainsi que celui du grand parc d’artil-lerie sur Nordlingen . Il apprit enfin que le gros de l’armée françaisese portait sur le Danube : à cette nouvelle, il concentra ses forces autourde la ville d’Ulm , comme autrefois le vieux feld-maréchal Kray l’avaitfait devant le général Moreau. Mais les positions respectives et surtoutl’adversaire étaient changés ; le génie de Napoléon planait sur une vasteétendue , dirigeait avec autorité les généraux, enflammait les soldats,rivaux d’ardeur et de fidélité pour accomplir ses projets avec la plusétonnante précision. C’est ainsi que cent mille hommes se trouvèrentle même jour sur la rive gauche du Danube , et le passèrent au mêmeinstant, du 6 au 7 octobre, à Donawert, Neubourg et lngolstadt. Cettemanœuvre , dont les proportions croîtront encore dans la campagne deRussie , coupait la ligne d’opération des Autrichiens, leur enlevait toutepossibilité de retraite par la Bavière , et les renfermait dans cette partiede la Souabe, entre les montagnes du Tyrol et le Danube . Pendant