HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1807. 7
demandé grâce. Ces pièces suffisent pour faire connaître et la familleroyale et le gouvernement d’Espagne à eette époque.
Voici ce qui avait précédé et amené cette étrange aventure. ManoelGodoy était l’objet de la réprobation universelle, et T ennemi personnelde Ferdinand. Ce prince , odieux à sa mère par la haine qu’il portait àGodoy, faisait, en sa qualité d’héritier de la couronne, l’espoir desmécontents du palais et, il faut le dire, de la nation entière. M. de Beau-harnais, ambassadeur de France à Madrid , partageait hautement avecFerdinand et la cour l’animadversion que Godoy s’était attirée en usur-pant l’autorité royale. La maison de la duchesse douairière de l’Infan-tado, dont le fils était l’ami et le conseil du prince royal servait derendez-vous aux mécontents. M. de Beauharnais fréquentait assidûmentcette maison depuis quelque temps. Son caractère d’ambassadeur accré-dita pour ainsi dire une sorte de proscription publique contre le favori,et d’étranges conjectures résultèrent de ses discours. On parlait mêmeassez ouvertement, dans les premiers cercles, du mariage du princedes Asturies avec mademoiselle Tascher , nièce de l’ambassadeur, commed’un projet que ses entours ne désavouaient pas ; projet qui tenait àun plan plus étendu, dont il ne formait que le principe. Ce mariageune fois arrêté par Napoléon , vers lequel demeuraient constammentfixées les espérances des deux partis et celles de la nation , on nommaitdéjà le ministère nouveau qui devait être installé après l’exil de Godoy ;un allait même jusqu’à penser que le roi abdiquerait en faveur de sonfds. Ces bruits se répandirent bientôt dans les provinces, et onpeut avancer que leur objet était alors le vœu unanime de l’Es-pagne .
Le prince de la Paix , qui savait tout, ne s’alarmait point ; il entre-tenait une correspondance particulière avec le grand maréchal Duroc,et recevait de son négociateur Isquierdo des renseignements qui le tran-quillisaient. Le traité de Fontainebleau ne contribua pas peu à leiassurer contre ses ennemis. Mais Ferdinand pouvait en contrarier1 exécution ; il fallut donc pourvoir à cette difficulté. Le moyen le plusc eurt était de perdre le prince. Cependant les amis de Ferdinand, pres-es d accomplir leur dessein, et s’appuyant sur l’assentiment que l’am-, ‘ eur de France semblait leur donner, firent écrire par le prince
-s Asturies , le 1 1 octobre , une lettre dans laquelle U demandait àsonneur de s’allier à une personne de son auguste famille. «_J’im-