Il
HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1807.lluencé par les intrigues des Anglais ; il le perd, pour n’avoir pas voulusaisir les marchandises anglaises qui sont à Lisbonne .... La chute de lamaison de Braganee restera une nouvelle preuve que la perte de qui-conque s’attache aux Anglais est inévitable!... » Voilà la condition desétats de l’Europe à cette époque; il fallait qu’ils fussent ou tout à faitfrançais, où tout à fait anglais ; ainsi le voulaient la nature et la forcedes choses. Napoléon ne pouvait reculer, d’après le refus du Portugal ;il devait conquérir cette unique station de l’Angleterre sur le continent.
Cependant, le 26 novembre, l’armée française se trouve déjà à vingtlieues de Lisbonne, à Abrantès , dont Junot prendra le nom ; et ce n’estque la veille que le prince régent apprend, par le Moniteur du 13, en-voyé extraordinairement à l’ambassadeur d’Angleterre, que la maisonde Braganee va cesser de régner; le même jour, pressé qu’il se croitd’obéir au décret de Napoléon, il embarque sa personne, sa famille,son trône, sur huit vaisseaux * et fait voile pour le Brésil avec une mau-vaise flotte qu’escorte une escadre anglaise . Il n’y a rien de comparabledans l’histoire à cette émigration subite d’une monarchie devant ungénéral qui, encore à vingt lieues de la capitale, ne compte pas vingtmille h-ommes sons ses ordres; car, du 17 octobre au 30 novembre,jour de l’entrée de Junot à Lisbonne , son armée de vingt-huit millehommes a franchi les deux cents lieues qui séparent Bayonne de cettecapitale; et nos troupes y arrivèrent diminuées considérablement etépuisées par les fatigues de cette course militaire. La flotte anglaise , ilfaut bien le dire, quoique forte de seize vaisseaux de ligne, ne fitqu’aider au déménagement de son allié; et le 1 er décembre, pendantque cette flotte, qui emporte les pénates de la royauté portugaise, ar-bore le pavillon du départ, les bâtiments que le prince régent à oubliésarborent le pavillon de l’invasion. On trouva dans le port quatre vais-seaux de ligne, six frégates, douze bricks, et un arsenal abondammentapprovisionné. On remarqua la singularité de l’anniversaire : ce fut leI er décembre 1640 que le pavillon de Braganee avait été arboré à Lis-bonne. Cependant les Portugais et les Français étaient loin de penserque de cette fuite, dont rien n’ennoblissait le malheur, il résulteraitpour le Brésil un empereur qui donnerait un jour une constitution à lamétropole.
Tandis que toutes ces choses se passaient dans la Péninsule, Napo-léon suivait à Fontainebleau les intérêts du gouvernement de l’empire