16 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1808.
Le Danemark est loin de prévoir que l'occupation de la Finlande parles Russes lui fera perdre un jour la Norwége en faveur de la Suède ,aussi sous l’approbation de la cour de Russie . Le droit des nations, ledroit public européen cède à la grande raison d’état continentale , laguerre à outrance contre l’Angleterre et ses alliés.
Mais au milieu des vastes combinaisons politiques qui du nord aumidi occupent sa pensée, Napoléon n’oublie ni la prospérité intérieurede la France , ni ce domaine des sciences et des arts qui devait survivretout entier à sa puissance. Le 1 er janvier a vu mettre à exécution le codede commerce, promulgué comme loi de l’empire l’année précédente;le 16, un décret a fixé définitivement les statuts de la banque de France .Les quatre classes de l’Institut furent successivement admises à présen-ter à l'Empereur , en son conseil, leurs rapports sur l’état des sciencesphysiques et mathématiques, de l’histoire et de la littérature ancienne,de la langue et de la littérature française , et enfin des beaux-arts,depuis 1789. Les progrès dont le tableau lui est habilement retracé parDelambre, Cuvier, Dacier, Chénier, Lebreton, rapporteurs de leursdifférentes classes, ne forment pas des conquêtes moins brillantes quecelles qu’ont obtenues les armées de la révolution ; elles sont plus du-rables : elles constituent à jamais la vraie noblesse de la nation. Maisen dehors de cette aristocratie du génie, Napoléon veut reconnaîtreaussi celle des titres héréditaires ; le renouvellement de ceux de prince,de duc, de comte, de baron, de chevalier entraîne le rétablissement desmajorats, et le régime des substitutions altère subitement le droit fran çais . Cette exception, qui s’élève au milieu de la France , dépopulariseson auteur, tandis que la réprobation publique, qui atteint cette insti-tution renaissante et surannée, trouble la jouissance des titulaires ; c’estpar le ridicule que la France et surtout la capitale se vengèrent de cesnouveaux seigneurs. Les anciens ne gagnèrent pas à cette émission nobi-liaire la conservation de leurs titres ; ils dv’irent faire, comme les autres,les preuves de leurs fortunes et de leurs fonctions. Ce système d’égalitédans une fondation toute aristocratique était singulier, il annonçaitl’empire de la révolution jusque dans la restauration de ce qu’elle avaitproscrit, et on vit les chefs des plus illustres maisons de laFrance, quiapparurent à ce bizarre concours d’une noblesse décrétée, accepter destitres inférieurs a ceux qu’ils avaient portés et à ceux que recevaient leshommes les plus fougueux de la république. Fouché fut nommé duc, et