HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1808. 17
le premier baron chrétien fut nommé comte. La fondation de l’universitéimpériale et des académies, partout où siégeait une cour d’appel, eutlieu peu de jours après. M. de Fontanes, président du corps législatif,devint le grand maître de l’université.
Au commencement de 1808 , l’Espagne était toute française, ou plu-tôt toute napoléonienne. Le voyage de l’Empereur à Madrid avait reçude l’impatience des peuples de ce royaume une sorte de certitude offi-cielle. La grande armée de réserve de la Gironde s’appelait l’armée libé-ratrice.. On espérait qu’elle renfermait les corps de la garde impériale,ce qui devait confirmer la nouvelle de l’arrivée prochaine de Napoléon .Cette armée était entrée par les deux portes de Perpignan et de Bayonne ;on avait élevé des arcs de triomphe dans toutes les villes, et même dansles plus petits villages, sur la route qu’il fallait suivre jusqu’à l'em-branchement de celles qui de Burgos conduisent à Madrid . Un enthou-siasme qui prouvait toute la misère de la nation avait fait affluer sur lepassage des troupes impériales une foule immense d’habitants , accou-rus des provinces voisines pour voir , pour porter en triomphe le hérosdont la protection était devenue si populaire. Ce sentiment exerçaittant de puissance sur les Espagnols , que la surprise de Pampelune ,de Mont-Jouy, de Saint - Sébastien, de Figuières, de Barcelone neput ébranler leur confiance, et qu’ils acceptèrent sans arrière-penséeles explications des généraux français relativement à la nécessité d’as-surer les derrières de l’armée. D’ailleurs on s’entretenait publique-ment d’une expédition en Afrique et du siège de Gibraltar ; ce projet,dans l’état d’animosité des Espagnols contre l’Angleterre, ne contri-buait pas faiblement à exalter encore en faveur des Français l’espritde la multitude.
Au palais, la scène était différente ; le prince de la Paix, c’est-à-direla famille royale et le gouvernement, avait subitement perdu touteespérance. Le retour de son agent Isquierdo produisit ce terrible chan-gement; celui-ci annonça qu’il n’était plus question du traité de Fon tainebleau ; que l’Empereur exigeait la réunion à l’empire des provinces
e la rive gauche de l’Èbre , déjà occupées par l’armée française, etfine cette cession serait compensée par celle du Portugal . Cette nouvelletianspira insensiblement dans la haute société de Madrid ; elle parutaussi accréditée par la contenance de l’ambassadeur Beauharnais, dont1 aAersion pour Godoy était encore plus prononcée depuis les événe-