HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1808. 21
palais de Godoy , et fut d’abord repoussée par sa garde. Cependantles gardes du corps, après avoir arrêté son frère qui les commandait,se joignirent aux révoltés et enfoncèrent bientôt les portes du palais.Godoy n’eut que le temps de se réfugier dans un grenier, où il restacaché vingt-quatre heures sans prendre aucune nourriture. Enfin leroi, pressé de toutes parts, voulut conjurer l’orage en proclamantqu'il donnait au prince de la Paix la démission de toutes ses charges, et qu’ilprenait lui-même le commandement de toutes ses troupes, et il écrivit àl’empereur Napoléon pour l’informer de cette disposition. Malgré cettedémonstration, la foule poursuivit alors son triomphe avec plus de vi-gueur, et Ferdinand accepta d’elle la royauté séditieuse qu’elle lui con-férait. Le lendemain , un domestique resté fidèle à Godoy fut reconnucomme il allait chercher des aliments pour son maître ; et, forcé parla nécessité de sauver sa propre vie , il découvrit la retraite du prince.Dans cet intervalle, le roi avait abdiqué en faveur d’un rebelle , sousJa condition verbale que Godoy serait épargné. Ferdinand n’oublia pasla parole qu’il venait de donner à son père ; il arriva à temps pour ar-racher le prince de la Paix à la fureur de la populace. 11 promit qu’ilen serait fait justice , et le constitua prisonnier dans ce même palais deYilla-Viciosa , où se passait cette terrible scène. Le décret d’abdicationfut aussitôt publié ; il avait pour motif l’état d’infirmité du roi et le be-soin de jouir de la vie privée dans un climat plus tempéré. Jamais dévoue-ment d'un souverain à son sujet n’égala celui de Charles IY enversGodoy. Il renonçait à cause de lui à sa couronne, et ne mettait que lesalut de son ministre pour condition à cet immense sacrifice ! Cette ab-dication , annoncée le 19 à Aranjuez , produisit un effet magique. Lesarmes tombèrent des mains d’une multitude effrénée; ce calme subitrévéla éloquemment au roi et à la reine toute la pensée de la nation.
L’abdication, signée au milieu des baïonnettes et du tumulte dupeuple et des soldats, devait avoir de fatales conséquences ; car auxyeux de personne elle ne put passer pour un acte libre et volontaire.Da nation l’accepta , parce qu’il la délivrait de l’odieux gouvernementdu prince de la Paix ; mais il était bien permis à la famille royale deprotester contre une telle violation des droits les plus sacrés ; aussi laîeine continua ainsi sa relation au grand-duc de Berg : « .... Dans lemême moment on découvrit le prince de la Paix. Le roi envoya cher-cher son fils et le fit aller chercher ce malheureux prince, la victime