20 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1808.
disait : « Sachez que l’armée de mon cher allié, l’empereur des Fran-çais , traverse mes états avec des sentiments de paix et d’amitié. Elle apour but de se porter sur les points menacés d’un débarquement del’ennemi (des Anglais ). La réunion d’un corps de ma garde n’a pourobjet ni de défendre ma personne, ni de m’accompagner dans un voyageque la malignité vous a fait supposer nécessaire. »
Cette seconde proclamation n’obtint pas plus de succès que la pre-mière. Le peuple était persuadé que Godoy avait invoqué le secours duprince Murat qui s’approchait de Madrid , et il avait résolu de sacri-fier le favori à sa vengeance, dût le roi lui-même descendre d’un trôneque Godoy souillait chaque jour par la plus indigne usurpation. Eneffet, le 27 mars, en réponse à une lettre de son père, Ferdinand di-sait : « ....J’ai promis à Votre Majesté de laisser la vie à don Ma-noel Godoy, je suis homme de parole et je n’y manquerai pas. Mais lepeuple est très - alarmé ; il croit que les Français ne sont venus à Ma-drid que pour prendre sa défense et pour le sauver. » Le nom de Fer-dinand était dans toutes les bouches. Cet avènement populaire, dont leprincipe était l’honneur et le salut de l’Espagne , devait jeter de pro-fondes racines. Ferdinand se trouva tout à coup à la tète de la nation,et il se souvenait de l’Escurial. Le même jour, voyant l’inutilité de leursproclamations, et assurés qu’ils ne pouvaient compter sur la pro-tection des troupes, le roi et la reine résolurent de partir sans escorteau milieu de la nuit. Mais ce projet fut encore éveilté malheureuse-ment, et la reine accusa son fils, dans une longue lettre qu’elle écrivitle 24 mars au grand-duc de Berg, d’avoir donné le signal de l’attaque.« Mon fils Ferdinand, dit-elle, était à la tête de la conjuration. Toutesles troupes étaient gagnées par lui. 11 fit sortir une de ses lumières àune de ses fenêtres, signe qui fit commencer l’explosion.... » Quoi qu’ilen soit de ces circonstances , il n’est pas douteux qu’au fieu de se mettreà la tète de l’insurrection et probablement de l’avoir provoquée, il eûtété politique à Ferdinand de favoriser au contraire de tous ses moyensle départ de son père et de sa mère , de faire tomber ainsi Godoy dansses propres filets , et de se dérober ensuite à l’embarquement de sa fa-mille pour régner sur l’Espagne , dont il devenait l’unique espoir. Sondroit se trouvait décidé par la vacance du trône ; mais il fut aussi malconseillé que ses ennemis.
Le 17, à quatre heures du matin , la foule se porta en armes au