HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1808. ‘29
l'Empereur nous envoie le plus tôt possible hors d’Espagne , le roi monmari, notre ami le prince de la Paix , moi, et aussi ma pauvre fdle ;mais surtout tous les trois le plus tôt possible, sans cela nous ne sommespas en sûreté.... »
Il y eut donc au premier mot du général Savary, de la part de lavieille cour, non - seulement consentement, mais empressement àcourir se jeter à Bayonne dons les bras de Napoléon ; elle n’avaitqu’une inquiétude, c’était d’être prévenue par Ferdinand. Ce prince,dont la répugnance au départ pour Bayonne eût paru naturelle,et dont la résistance aux instructions du général Savary eût étéaussi honorable pour lui qu’utile à Napoléon qui aurait vu par là sapolitique simplifiée , ce prince, au grand étonnement du négociateur,alla au-devant de cette proposition, et, chose étrange , tant il est facileaux hommes passionnés de prendre le parti qui doit leur enlever toutà coup le prix de tous leurs efforts, les ducs de l’Infantado, del Parque,le chanoine Escoïquitz, le ministre Cevallos, les premiers meneurs del’affaire de l’Escurial et de celle d’Aranjuez présentèrent à Ferdinandle voyage de Bayonne comme un autre coup d’état que la fortunemettait entre ses mains. Le prince s’empressa de se faire précéder parson frère don Carlos ; alors la reine, effrayée de cette circonstance,écrivit au grand-duc : « .... Le départ si prompt de mon fils Charlesnous fait trembler ; les personnes qui sont avec lui sont malignes : lesecret inviolable qu’on lui fait observer envers nous , nous met dans laplus grande inquiétude , craignant qu’ils lui fassent porter des papiersremplis de faussetés contrefaites et inventées.... V. A. E. et I. ne pour-rait-elle pas envoyer quelque personne qui devançât l’arrivée de monfils Charles , et prévenir l’Empereur de tout, le mettant au fait de lavérité et de l’imposture de nos ennemis?... » Ferdinand, d’un autrecôté, écrivait à son père : «.... Le général Savary vient de me quitter ;je suis très-satisfait de lui, comme du bon accord qu’il y a entre l’Em-pereur et moi, et par la bonne foi qu’il né a témoignée. C’est pourquoiil me semble qu’il est juste que Y. M. me donne une lettre pour l’Em-pereur , dans laquelle vous le féliciterez de son arrivée, où vous luitémoignerez que j’ai pour lui les mêmes sentiments que Y. M. lui adémontrés.... » La reine envoya cette lettre singulière au grand-duc deBerg, en lui disant : « .... Nous n’écrirons point la lettre qu’on nousdemande, hormis qu’on nous y force, comme à l’abdication que le roi