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HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1808.
verrez sur-le-champ le chambellan de Tournon qui vous porte cettedépêche; vous lui remettrez un rapport détaillé. Sur ce, etc.
Il résulte de cette lettre remarquable, que le grand-duc de Berg avaitcommis la faute politique la plus blâmable en venant, pour ainsi dire, avecune armée, préparer à Madrid l’entrée du roi Ferdinand : ce qui devaitôter au peuple de cette ville l’indépendance de la manifestation de son opi-nion sur cet événement. Il était évident aussi que Napoléon condamnaitla royauté de Charles IV , et que, sans approuver celle de Ferdinand, iln’était pas éloigné de le reconnaître et de traiter avec lui. Napoléon nedissimulait pas non plus qu’il regrettait que la famille royale ne fût pointpartie pour l’Amérique ; il voyait la nécessité d’une révolution en Es-pagne ; il ne savait pas lui-même le parti qu’il prendrait : celui de placerJoseph sur le trône d’Espagne n’existait pas encore, puisque l’Empe-reur semblait réserver le Portugal au grand-duc de Berg. Napoléon s'abandonnait tout à fait au mouvement des circonstances , et n’avaitde bien arrêté dans ses idées que la force de la nation espagnole, lacrainte d’une levée en masse qui pourrait éterniser la guerre, et la certitudeque tout serait perdu si la guerre s'allumait. Cette lettre prouve suffisam-ment que Napoléon , si mal servi par son ambassadeur lors des affairesde l’Escurial et d’Aranjuez , ne l’était pas mieux par son lieutenant, àqui il reproche l’occupation de Madrid , et, comme cédant à un secretpressentiment, la marche du général Dupont sur Tolède : elle ne laisseaussi aucun doute sur l’empire que Napoléon eût exercé en Espagne sixmois plus tôt, s’il fût arrivé à Madrid en souverain conciliateur de lafamille royale. Il aurait accompli alors dans le palais, et avec le palais,la révolution qu’il ne pouvait plus opérer en mars 1808 que contre lanation, et peut-être contre lui-même. « J’ai des partisans ; si je meprésente en conquérant, je n’en aurai plus. » C’est dans cette anxiétéd’esprit que l’Empereur décida son départ pour Bayonne . A cetteépoque , le général Savary, duc de Rovigo, se trouvait à Madrid , oùil avait été envoyé auprès de Charles IV , avec une mission relative auvoyage de la famille royale à Bayonne . Il n’était pas difficile d’y déter-miner le roi et la reine. Cette princesse écrivait encore, le 8 avril, augrand-duc de Berg : « Nous demandons à Votre Altesse qu’il fasse que